Merci à vous de visiter ce site



    * Dernières nouveautés



Éternels Éclairs
Poésie Peinture

Un exil


Je plains les exilés qui laissent derrière eux
L’amour et la beauté d’une amante chérie ;
Mais ceux qu’elle a suivis au désert sont heureux :
Ils ont avec la femme emporté la patrie.

Ils retrouvent le jour de leur pays natal
Dans la clarté des yeux qui leur sourient encor,
Et des champs paternels, sur un front virginal,
Les lis abandonnés recommencent d’éclore.

Le ciel quitté les suit sous les nouveaux climats ;
Car l’amante a gardé, dans l’âme et sur la bouche,
Un fidèle reflet des soleils de là-bas
Et les anciennes nuits pour la nouvelle couche.

Je ne plains point ceux-là ; ceux-là n’ont rien perdu :
Ils vont, les yeux ravis et les mains parfumées
D’un vivant souvenir ! Et tout leur est rendu,
Saisons, terre et famille, au sein des bien-aimées.

Je plains ceux qui, partant, laissent, vraiment bannis,
Tout ce qu’ils possédaient sur terre de céleste !
Mais plus encor, s’il n’a dans son propre pays
Point d’amante à pleurer, je plains celui qui reste.

Ah ! Jour et nuit chercher dans sa propre maison
Cet être nécessaire, une amante chérie !
C’est plus de solitude avec moins d’horizon ;
Oui, c’est le pire exil, l’exil dans la patrie.

Et ni le ciel, ni l’air, ni le lis virginal,
Ni le champ paternel, n’en guérissent la peine :
Au contraire, l’amour tendre du sol natal
Rend l’absente plus douce au coeur et plus lointaine.


Sully Prudhomme
Les solitudes



Autres pages concernant ce poète : Les Oeuvres de A à Z - Le Florilège de poèmes - La Biographie






Merci à vous d'être venu(e) lire le poème
« Un exil » de Sully Prudhomme
sur les Éternels Éclairs.



« Éternels Éclairs : Sources de poésies »


Webdesigner : Mathieu Jacomy    -    Webmaster : Stéphen Moysan
Contact : stephen.moysan@gmail.com


Partenaires référencement