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    * nouveautés de la rentrée 2018



Éternels Éclairs
Poésie Peinture

Bonheur lucide


J'avais le souvenir d'ineffables aurores,
De ruisseaux cascadants cachés dans les vallons,
De pourpres archipels et de grèves sonores
Que visitent les flots crêtes et les hérons.

Je gardais le sourire accueillant des pinières
Qui filtrent le soleil dans leur dôme verni.
J'avais en moi des horizons où les rivières,
Dévalant des hauteurs, coulent vers l'infini.

Et lorsque je voulus m'exprimer, ô Nature,
Je trouvai ma pensée unie à ton décor,
Fondue en toi, plus souple, harmonieuse et pure
Et sachant se parer de symboles et d'or.

Ce n'étaient, cependant, que des baisers rapides
Ces révélations de formes, de couleurs ;
Je passais, tu venais me ravir, mais stupide
J'allais chercher au loin des plaisirs tapageurs.

Aujourd'hui l'art m'a fait abandonner la hâte
De voir ce qui m'attend au terme du chemin.
Et chasse de mon cœur l'accoutumance ingrate
D'assujettir le jour présent au lendemain.

Libre, je viens à toi. Nature qui m'appelles.
Déjà mes pas, froissant le trèfle, ont dégagé
L'odeur d'après-midi vaguement sensuelles.
Je m'enivre de paix riante et d'air léger.

La lumière éblouit l'esprit et l'étendue.
Les montagnes, là-bas, où finit le lac bleu,
Avec les bois distants en chaîne continue,
Font un cirque parfait, d'un dessin fabuleux.

Des arbres espacés monte le chant des grives.
La beauté de ce jour en moi trouve son nid,
Et semble une caresse ancienne que ravive
Un cœur infiniment lucide et rajeuni.

Alphonse Beauregard (1881-1924)
Les alternances

Éclaircie


Quand on est sous l'enchantement
D'une faveur d'amour nouvelle,
On s'en défendrait vainement,
Tout le révèle :

Comme fuit l'or entre les doigts,
Le trop-plein de bonheur qu'on sème,
Par le regard, le pas, la voix,
Crie : elle m'aime !

Quelque chose d'aérien
Allège et soulève la vie,
Plus rien ne fait peine, et plus rien
Ne fait envie :

Les choses ont des airs contents,
On marche au hasard, l'âme en joie,
Et le visage en même temps
Rit et larmoie ;

On s'oublie, aux yeux étonnés
Des enfants et des philosophes,
En grands gestes désordonnés,
En apostrophes !

La vie est bonne, on la bénit,
On rend justice à la nature !
Jusqu'au rêve de faire un nid
L'on s'aventure...

René-François Sully Prudhomme (1839-1907)
Les vaines tendresses

Le bonheur


Le bonheur, ce n'est point aimer, puisque l'on pleure.
Le bonheur, ce n'est point savoir : on ne sait rien.
Est-ce vivre ? La vie est-elle un si grand bien ?
Est-ce mourir ? La mort n'est-elle pas un leurre ?

Ce n'est point se blesser à nos amours d'une heure,
Ni, sans ailes, tenter l'essor aérien.
Ce n'est pas habiter la terre, et l'on peut bien
Ne pas croire qu'une autre étoile soit meilleure.

— Faible cœur, sais-tu bien, avant de blasphémer,
Ce qu'ouvre le tombeau qui vient de se fermer ;
Et que, tant qu'en nos yeux la lumière demeure,

Le bonheur, c'est marcher libre dans le devoir ;
C'est s'élever sans fin vers l'infini savoir.
Le bonheur, c'est aimer aussi, puisque l'on pleure.

Albert Mérat (1840-1909)
Les chimères

Leçon du maître


S’armer de patience
Pour finir conquis
Par la paix intérieure.

Au chant des oiseaux
S’entraîner au paradis
À contempler des fleurs.

Elle fait fi des soucis
La sagesse de l’esprit
D’être fou de bonheur.

Stéphen Moysan
En route vers l'horizon

Ne nous plaignons pas


Va, ne nous plaignons pas de nos heures d'angoisse.
Un trop facile amour n'est pas sans repentir ;
Le bonheur se flétrit, comme une fleur se froisse
Dès qu'on veut l'incliner vers soi pour la sentir.

Regarde autour de nous ceux qui pleuraient naguère
Les voilà l'un à l'autre, ils se disent heureux,
Mais ils ont à jamais violé le mystère
Qui faisait de l'amour un infini pour eux.

Ils se disent heureux ; mais, dans leurs nuits sans fièvres,
Leurs yeux n'échangent plus les éclairs d'autrefois ;
Déjà sans tressaillir ils se baisent les lèvres,
Et nous, nous frémissons rien qu'en mêlant nos doigts.

Ils se disent heureux, et plus jamais n'éprouvent
Cette vive brûlure et cette oppression
Dont nos cœurs sont saisis quand nos yeux se retrouvent ;
Nous nous sommes toujours une apparition !

Ils se disent heureux, parce qu'ils peuvent vivre
De la même fortune et sous le même toit ;
Mais ils ne sentent plus un cher secret les suivre ;
Ils se disent heureux, et le monde les voit !

René-François Sully Prudhomme (1839-1907)
Les solitudes

Plénitude


Faire le vide en soi -
Puis laisser le bien-être
Envahir notre esprit.

Plus d’envie d’ailleurs,
Plus de passé ou futur,
- Ici et maintenant !

Profiter de l’instant
Pendant des heures
Le temps du bonheur.

Stéphen Moysan
J'écris mes silences

Printemps


Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d'heureux chanter dans l'infini.

Victor Hugo (1802-1885)
Toute la lyre

Sensation


Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud (1854-1891)
Poésies

Sonnet à mon ami R


J'avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d'un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.

Une femme modeste, à peu près de mon âge
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d'amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d'été.

J'abandonnais l'amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu'elle seule aurait lus ;

Le ciel m'a donné plus que je n'osais prétendre ;
L'amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l'amour arriva qu'on ne l'attendait plus.

Félix Arvers (1806-1850)
Mes heures perdues

Vacances


Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Blanc est le pain
Bleu est le ciel
Rouge est le vin
D’or est le miel

Odeurs de mer
Embruns, senteurs
Parfums de terre
D’algues, de fleurs

Gai est ton rire
Plaisant ton teint
Bons, les chemins
Pour nous conduire

Lumière sans voile
Jours à chanter
Millions d’étoiles
Nuits à danser

Légers, nos dires
Claires, nos voix
Lourd, le désir
Pesants, nos bras

Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Doux le moment…
Doux le moment…

Esther Granek (1927-2016)
Ballades et réflexions à ma façon



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Poésie et poèmes d'amour
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