Éternels Éclairs

La Fille de Dieu
Stéphen Moysan

Georges Rouault : Route, peupliers, soleil couchant

Stéphen Moysan,
De 2020 à 2026

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Je dois remercier Johana Loiseau pour son aide. Des amis et la famille également. Tous les auteurs sont cités, je crois, mais il peut y avoir un manquement. Ce texte n'est pas à vendre et il est interdit de faire des profits financiers avec.


1. Pourquoi le mal existe-t-il ?



Pourquoi le mal existe-t-il sur Terre ? – « Dieu est Amour et l’homme est Liberté. La Liberté ne peut pas être obligée d’aimer, et l’Amour ne peut pas se forcer. » ¹ Telle fut la réponse prononcée par la Fille de Dieu à la question des Scepticiens. Et quand ils lui demandèrent de manifester des pouvoirs exceptionnels, elle ajouta : « Je ne ferai pas de surenchère aux prodiges pour convaincre les esprits qui doutent. Les miracles visent à épater les foules, non à les instruire. »² Celui Auquel Il Faut Croire était son père et sa mère, Il était les deux en un. Et Djibril qui l’avait recueillie enfant lui avait donné le prénom d’Emma, ce qui signifie en langue ancienne : « La toute-puissance de Dieu est avec nous », autrement dit : « Amour ». À vous qui désirez la connaître, permettez-moi de vous raconter son histoire. Les leçons qui y sont professées sont encore valables aujourd’hui. Probablement que les critiques attaqueront leur contenu, et que les prédicateurs ignoreront ou survoleront malhonnêtement les sagesses développées, mais les messages de la Fille de Dieu et de Rajarshi sont remarquables. Et je ne pense pas que ces enseignements soient inappropriés à nos conditions de vie actuelle. Mais chacun en sera juge. J’ai malgré tout une crainte face aux difficultés de l’exercice. J’ai peur de mes imperfections littéraires trop nombreuses. Alors, j’espère que l’on pardonnera mes modestes talents d’écrivain et qu’ils n’empêcheront pas le plaisir de lire.

— Stéphen Moysan

1 : Souvent attribuée à des penseurs de la tradition chrétienne orthodoxe (comme Paul Evdokimov ou le Père Staniloae)
2 : Père Jean-Noël Bezançon


2. Le Jeu de cache-cache *



Le Palais était un vaste territoire de jeux pour les enfants. Ils s’amusaient souvent à cache-cache. En ce dixième jour du dixième mois de l’an dix de la Nouvelle Ère célébrant Dieu, il était recommandé à l’intérieur du pays sacré de ne pas travailler pour être hors du temps commun et des contingences matérielles. Ethan, qui avait déjà eu parfois de tels comportements, avait refusé d’aller prier au temple et de se joindre au repas de famille. Il ne voulait pas s’adonner à d’autres activités que le jeu. Le Maître de l’Esprit, toujours calme face à toutes situations de ce genre, demanda à Emma de lui faire la leçon, sans rien ordonner au jeune prince mais en l’amenant à comprendre le problème. Alors Emma accepta de jouer avec Ethan. Elle se retourna près du mur de sa chambre et se mit à compter. Cinq minutes s’écoulèrent pendant lesquelles Ethan chercha le meilleur endroit pour ne pas être découvert. Fier de lui, il se cacha dans un meuble de la cuisine. Quand Emma eut fini de compter, elle partit rejoindre la famille royale et partager le recueillement avec eux. Ethan, lassé d’attendre, la retrouva après une demi-heure et la gronda, fort mécontent. Calmement, Emma lui répondit : « - Vois ta tristesse après t’être caché et que la personne censée te découvrir ne soit pas venue te chercher. J’ai selon toi préféré une activité moins amusante. Dieu éprouve la même peine quand il se cache et que tu l’ignores en ne le cherchant plus et en mettant fin au jeu divin. »

— Stéphen Moysan

D’après une idée inspiré du Logion 2 de l’évangile de Thomas par Jean Yves Leloup


3. Qu’est-ce que Dieu ?



Grâce à la leçon dispensée par Emma, Ethan avait compris pourquoi il ne fallait pas mettre fin au jeu divin ; mais se sentant dans l’ignorance, il posa au Maître de l’Esprit cette question qui habitait les hommes depuis la nuit des temps : « - Qu’est-ce que Dieu ? » L’homme sage lui révéla qu’il y avait selon les croyants plusieurs réponses possibles à cette interrogation. Certaines personnes considéraient que la nature et le divin se confondaient, que parler de Dieu c’était déjà en faire une personne tandis qu’il s’agissait d’une force qui demeurait dans ce qui est. Pour eux, il incarnait un principe ou une source de vie, comme une eau qu’il faudrait boire pour atteindre l’éveil. D’autres pensaient qu’il s’agissait du père des Hommes et qu’il leur parlait par la bouche des prophètes, en veillant à leur destinée. Il pouvait faire tomber la foudre ou accomplir des miracles, et mieux valait l’écouter. D’autres encore disaient qu’il était pareil à l’univers : infini, éternel, incréé et sans cause. Enfin il y avait ceux qui juraient qu’il s’agissait d’une invention des Hommes pour se rassurer. Ethan, dans le doute, demanda au Maître de l’Esprit que croire. Et ce dernier répliqua : « - La réponse est en chacun de nous ; interroge ton cœur et ton esprit, ils te guideront. » Le jeune prince pensa que son cœur était à Emma et que son esprit voulait entendre ses conseils. Il la questionna, et elle lui murmura secrètement à l’oreille une réponse que nul ne connut mais qui changea à jamais la profondeur de sa foi.

— Stéphen Moysan


4. La prière



Ethan était devenu un fervent croyant. Il pratiquait maintenant régulièrement la prière comme les prédicateurs religieux lui avaient enseigné : d’abord debout, les yeux et le visage tournés vers le sol puis montant lentement vers le ciel ; il levait ensuite les deux mains plus haut que la tête, en guise de louange et d’acclamation, et déclarait : « - Dieu est le plus grand ». Puis il récitait un psaume de son choix suivant son humeur. Après quoi, les mains jointes en signe de confiance et de fidélité, il s’inclinait en se mettant à genoux et en chantant « - Gloire au Divin, mes louanges vont à lui. » Alors il entrait en relation avec Dieu. Chaque matin et chaque soir, pour commencer et conclure la journée, il priait. Régulièrement, Emma l’accompagnait au Temple. Elle aussi pratiquait la prière, mais d’une manière différente de celle prêchée par les prédicateurs. Sa méthode et les mots utilisés correspondaient à ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même. Non qu’elle considérait comme mauvaises les pratiques d’Ethan, mais elles ne lui correspondaient pas. Le Chef Prédicateur était très mécontent de son comportement, d’autant qu’en ce jour il n’avait pas observé Emma réaliser les gestes de la prière. Il vint la trouver et la sermonna fortement en utilisant un vocabulaire blessant. Emma, pleine de sagesse, eut alors ces mots : « - Si l’on est avec Dieu, on n’est pas obligé de le prier, sa présence suffit. Si on se sent loin de lui, ou qu’on le voit s’éloigner, alors il faut prier pour revenir à ses côtés. »

— Stéphen Moysan


5. Celle qui aidait les autres



Emma se rendait souvent en ville, en bas de la Colline du Détroit des Oliviers, afin de donner de quoi se nourrir aux pauvres et de leur consacrer du temps pour alléger un peu leur peine. Pour cette raison, et sans que cela soit prémédité de sa part, celle que l’Ordre de la Foi Authentique aimait à faire passer pour une pécheresse diabolique était perçue comme une sainte par celles et ceux à qui elle apportait son soutien. Parfois les actes valent mieux que de longs discours ; alors plutôt que de parler, elle préférait aider les démunis. Il lui fallait rendre au moins autant qu’elle recevait. C’était sa joie. Elle aimait à dire que le bonheur ne diminue jamais lorsqu’il est partagé. Elle essayait de mener une vie simple, et d’agir envers les autres comme elle aurait aimé qu’on agisse envers elle dans une même situation. Il s’agit d’une loi que tout le monde devrait suivre. Ainsi, on ferait moins de mal puisqu’on ne veut pas que du mal nous soit fait. Trop de temps est perdu à juger les gens, plutôt qu’à essayer de les aimer. Pour Emma, faire le bonheur d’autrui, c’était le recevoir et faire le sien. « - Apprendre à accepter l’inévitable et à améliorer ce qui peut l’être » ¹ était sa devise, et elle avait pour principe de ne jamais prononcer des mots qui n’étaient pas conformes avec ses actes. Elle était capable de regarder la misère du monde sans que cela ne l’empêche d’apercevoir également sa beauté ineffable. Personne ne savait encore ce qu’elle accomplirait dans le futur ; mais à coup sûr, elle était promise à une grande destinée.

— Stéphen Moysan

1. Variante moderne de la célèbre Prière de la Sérénité, l'un des piliers de la sagesse pratique et de la psychologie de la résilience. Bien qu'on en trouve des échos chez les philosophes stoïciens de l'Antiquité, sa formulation la plus connue est attribuée au théologien américain Reinhold Niebuhr (vers 1932).


6. Le voleur et le moine *



Deux décennies avant la naissance d’Emma, dans le vieux temple de Dhaboud où les moines se recueillaient seuls pendant des semaines, le Maître de l’Esprit, qui n’était encore qu’un jeune Guide nommé Rajarshi, récitait des prières le soir de la Fête des Récoltes. Soudain, un homme robuste, le visage marqué par des cicatrices, vêtu d’habits déchirés, fit irruption dans la salle muni d’un long couteau aiguisé. Alors qu’il se tenait face au jeune guide en procession liturgique en menaçant de lui couper la gorge, ce dernier indiqua au voleur où trouver l’argent qu’il réclamait, mais exigea fermement qu’il laisse au minimum un dixième des biens pour les nécessiteux du temple. De plus, il l’incita à remercier Dieu pour ce geste accordé. De cette manière, le voleur trouva le bol des offrandes déposées par les croyants, et impressionné par la sérénité de celui qu’il avait menacé, fit en marronnant ce qui avait été demandé et partit avec ce qu’il était venu chercher. Plus tard, il fut arrêté et avoua tous ses vols, suite à quoi on vint voir Rajarshi pour entendre sa déclaration : selon lui, le temple n’avait pas été profané, l’argent avait été donné, les remerciements déclarés, et il n’y avait pas eu d’offense. Le voleur échappa à la condamnation à mort et ne passa que peu de temps en prison. Si bien qu’une fois libre, il revint près du jeune Guide et devint son disciple. Ceux qui eurent la chance de le rencontrer des années après finirent par admirer sa profonde piété et l’homme qu’il était devenu.

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte Zen : Le voleur et le moine


7. Vivre l’instant présent



Il est possible de mal agir un temps et puis d’essayer de suivre le droit chemin le reste de sa vie. Une fois les premiers enseignements professés, Rajarshi et celui qui l’avait menacé pour le voler, Bellami, ainsi qu’un deuxième disciple dont l’histoire ne retiendra pas le nom, nous l’appellerons Monsieur Oubliette, partirent en voyage dans le désert du sud. L’objectif de ce périple était seulement connu de Rajarshi. La région du Grand Soleil a une pluviométrie proche de zéro et une chaleur parfois supérieure à cinquante degrés. La vie est extrêmement difficile pour ceux qui s’y aventurent. Les trois hommes partirent avec pour consigne de faire silence et accompagnés d’un chameau chacun pour transporter la nourriture et l’eau. La traversée des interminables collines de sable en exige presque quatre litres par jour pour les non-initiés. Les trois hommes vinrent à en manquer car les puits étaient éloignés les uns des autres. M. Oubliette n’en pouvait plus. À chaque minute qui passait, il s’interrogeait sur la proximité de la destination, et il rompit le silence en demandant où ils allaient. « - Nous allons où nous sommes, dans l’instant présent » répondit Rajarshi avant de se voir exiger plus d’explications. Alors il ajouta : « - Quelle que soit la destination, le chemin est l’enseignement. Chaque instant offre son présent et l’éternité y est enclose. S’il l’on devait attendre la mort pour atteindre l’éternité, l’éternité ne serait pas totalement infinie, elle aurait un début. Aussi il faut s’éveiller à l’instant présent, car toucher le présent c’est toucher l’éternité. »¹

— Stéphen Moysan

1. Idée de Père Jean-Noël Bezançon


8. Une méditation difficile *



Après avoir traversé la région du Grand Soleil et rejoint celle des Etangs de l’Ibérà, on raconte que Rajarshi, Bellami et Monsieur Oubliette firent une halte près d’un paisible cours d’eau comme ils le faisaient chaque jour pour méditer. Ils étaient heureux de rejoindre ces lieux accueillants où la vie était bien plus simple que sur la route qu’ils venaient d’emprunter pour les y mener. Les paysages étaient somptueux et le soleil laissait parfois place à une pluie fine permettant à une flore majestueuse de s’épanouir. Ils s’installèrent en position simple de méditation : jambes pliées devant eux en laissant un pied sur le sol et en ramenant l’autre jambe au-dessus de la cuisse opposée ; la colonne vertébrale érigée vers le ciel, avec les épaules, la cage thoracique et le ventre relâchés ; la tête droite sans créer de tension, et les yeux mi-clos dirigés vers le sol. Monsieur Oubliette, dérangé par le chant d’une poule à proximité qui ne cessait de caqueter, considéra qu’elle l’empêchait de lâcher prise. Il se résolut à la tuer, la cuisina et la mangea. Une fois le repas terminé, il reprit sa posture de méditation, mais à peine ses yeux furent-ils à demi-fermés que son ventre se mit à gargouiller et à le déranger à son tour. Il avait trop mangé pour méditer sereinement. Attristé par son comportement, il se confia le soir venu. Et Rajarshi qui était resté imperturbable pendant tout ce temps en profita pour lui enseigner que souvent ce ne sont pas les éléments extérieurs qui nous troublent, mais notre façon de les accueillir.

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte Zen La légende de Sariputara


9. Les énigmes des disciples



Rajarshi prenait très à cœur son rôle de Guide. Et puisque ses disciples n’avaient jamais reçu d’instruction, il avait également choisi d’endosser celui de professeur afin qu’ils soient capables d’une bonne analyse des situations facilitant l’éveil. Alors un jour, il décida de les interroger sous forme d’énigmes. La première fut un problème en cinq points : 1) C’est mieux que Dieu. 2) C’est pire que le diable. 3) Les pauvres en ont. 4) Les riches disent en avoir besoin. 5) Si on en mange, on meurt. Après réflexion, Bellami trouva la réponse attendue : « Rien ». Une deuxième leur fut posée : « - Deux mères et deux filles prennent leur repas autour d’une table en discutant de choses et d’autres. Quatre oranges délicieuses sont servies pour le dessert. Chacune en prend une et il en reste une sur la table. Comment est-ce possible ? » Monsieur oubliette s’énerva et cria : « - C’est impossible », quand l’évidence apparut à Bellami : « - Il y a trois personnes, la fille, la mère et la grand-mère, la mère endossant à la fois son rôle de mère et de fille. » Le Maître de l’Esprit fut satisfait et il posa la troisième énigme : « - Le père et le fils ont 66 ans à eux deux. L’âge du père est le même que celui du fils mais à l’envers. Quel âge ont-ils ? » Monsieur Oubliette s’empressa de formuler « - 51 et 15 ». Puis Bellami confirma et ajouta : « - 60 et 06, 42 et 24, etc., on ne peut pas savoir ». Suite à quoi, Rajarshi déclara qu’il était important d’analyser finement un problème et de n’y répondre qu’après une réflexion élaborée.

— Stéphen Moysan

Enigmes trouvées à droite à gauche


10. Cheminement des bonnes pensées



Le Bleuflux, le plus grand fleuve de Landamen, prenait sa source au mont Tiago dans le village en grès rouge d’Avilgor, petit rubis architectural à la lisière de la forêt primaire où la nature donnait lieu à un paysage romanesque composé d’étendues boisées accueillant de nombreuses niches écologiques. Les châtaigniers, les hêtres, et les chênes se mêlaient à de jeunes arbres comme les houx et les noisetiers, aux pieds desquels poussaient des champignons, des marguerites, ainsi que des plantes de petites tailles comme les fougères et les mousses vertes. Lieu sacré, peuplé principalement d’insectes phytophages, la forêt accueillait également dans une moindre mesure des animaux herbivores : cerfs, chevreuils, sangliers et lapins, ainsi que des carnivores : renards, belettes, hiboux et éperviers. Divers chemins permettaient de venir s’y balader. Une randonnée pédestre parmi les plus belles du pays pour rejoindre les « villages des flammes et du conflit » était possible. Au commencement de cette dernière, une grande dalle en marbre indiquait par une gravure l’emplacement de la source du fleuve. On pouvait y constater à quel point l’eau, malgré de multiples entraves, était parvenue à ruisseler en contournant les obstacles qui se dressaient face à elle. Et gravé sur du bois, un autre message témoignait d’une leçon instruite par Rajarshi après son passage: « Même mal accueillies, comme un filet d’eau bloqué sur sa route, les bonnes pensées qui coulent au même endroit parviennent à se faire un chemin. » ¹

— Stéphen Moysan

1. Sagesse du monde.


11. Petite dispute, grande guerre *



Poursuivons avec le voyage de Rajarshi et de ses disciples. Ils passèrent par la route de Kay et de Killian, surnommés « les villages des flammes et du conflit ». Les gens racontent qu’autrefois, les hommes aimaient manger des marrons grillés en hiver. Alors Kay et Killian, deux jeunes enfants de familles modestes de villages voisins, décidèrent d’en vendre. Ils criaient : « Des bons marrons, des bons marrons, venez manger mes bons marrons chauds. » Et d’amis, ils devinrent rivaux. C’était à celui qui en vendrait le plus. Chaque jour, ils se chamaillaient davantage. Et comme ils étaient jeunes, chacun les laissait faire. Les clients riaient même de leurs querelles. Personne ne jugeait nécessaire d’intervenir et de les réconcilier. Un jour pourtant leur dispute alla trop loin et ils se lancèrent des marrons chauds au visage. L’un d’eux, encore brûlant, tomba sur un tas de paille qui s’enflamma. Le feu se propagea aux bois de l’hiver puis les flammes gagnèrent la maison d’à côté, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les deux villages aient entièrement brûlé. Chacun rejeta la faute sur l’autre sans admettre sa part de responsabilité, le conflit s’intensifia, devint armé et s’étendit aux régions alentours, puis au pays tout entier. Tant et si bien, qu’un grand nombre de ceux qui s’étaient amusés initialement de ces querelles d’enfants moururent au combat. De là est né l’adage : « Il n’y a pas de petits conflits qui ne puissent enflammer un village et faire naître une grande guerre. »

— Stéphen Moysan

Inspiré du Conte philosophique ou parabole (parfois attribuée à la tradition soufie ou à des auteurs comme Ésope ou Tolstoï) qui illustre comment l'escalade de l'orgueil transforme une étincelle en incendie.


12. Les chevaux du destin *



À la périphérie des villages de Kay et de Killian, un peu avant le conflit des jeunes enfants, il se disait également qu’un humble paysan était revenu d’une foire au bétail avec une magnifique jument acquise à bas prix. La jument avait été jugée parfaite pour s’accoupler avec l’unique cheval de son propriétaire. Mais après deux semaines, ce dernier s’échappa et tous ceux qui avaient eu écho de la nouvelle s’empressèrent de plaindre le paysan qui lui avait accepté sereinement ce fâcheux rebondissement, songeant que de mauvais événements pouvaient engendrer de bonnes choses. Quelques mois plus tard, tandis que la jument avait été laissée libre de se nourrir dans un immense champ, elle revint accompagnée d’un superbe étalon qui l’avait engrossée. Quand elle mit bas, les mêmes qui avaient plaint le paysan revinrent lui rendre visite pour lui signifier quelle chance il avait de finalement posséder trois chevaux plutôt que deux. Mais l’humble paysan ne se gargarisait pas de la situation, conscient que d’heureux jours donnent parfois naissance à de grands malheurs. Son fils, qui venait de devenir un homme, dressa l’étalon pour le monter. Il chuta lourdement et resta immobilisé de longs mois. Désastre ou aubaine, rien n’est permanent, aucun sage ne saurait avoir un jugement définitif ici. Lorsque la guerre entre les villages rivaux éclata, chacun des deux camps mobilisa la jeunesse valide pour l’envoyer se faire massacrer sur les champs de batailles. Peu survécurent au conflit. L’unique fils du paysan, lui, eut ce privilège.

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte des sages Taoistes Les chevaux du destin


13. Visualisation *



Passé les villages des flammes et du conflit, le Guide Rajarshi et ses disciples bifurquèrent vers l’ouest en direction des montagnes enneigées. En chemin, et chacun leur tour, ils dispensaient aux habitants qu’ils croisaient des enseignements d’initiation religieuse. En échange de quoi, ils recevaient de la nourriture et de l’eau pour leur voyage. La foule désireuse de les rencontrer était assez dense car elle avait généralement eu écho de leur périple. On disait grand bien de leur enseignement. Un soir, dans le petit village plein de charmes d’Asseï où Monsieur Oubliette devait célébrer l’office, ce dernier tint une cérémonie appréciée. Mais sans doute épuisé par le voyage qu’il venait d’accomplir et le long discours qu’il avait tenu, il dérogea à la règle traditionnelle de fin de séance consistant à ce que le prêcheur des bonnes paroles bénisse lui même chaque participant. Il préféra dire solennellement : « Que chacun, par un travail de l’esprit, s’imagine bien recevoir ma bénédiction. » Une grande partie de la foule fit comme il fut demandé en respectant une minute de silence avant de déposer les offrandes en remerciement. Puis ce fut le tour d’une vieille bigote malicieuse qui usa de ces mots : « - Que le jeune moine s’imagine bien que je lui offre un copieux plat à manger, avec en dessert un délicieux gâteau au chocolat. » Et remettant dans son sac cette offrande qui faisait grandement envie, elle s’en alla sans sourciller rejoindre sa demeure.

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte des sages du Tibet Visualisations


14. Aider dès que possible



Bien que certaines personnes en fassent plus que d’autres, tout le monde commet des erreurs, l’important est d’apprendre de celles-ci. Bellami essayait constamment d’agir au mieux. À Isna, une femme qui avait perdu son mari vint lui réclamer de l’aide pour effectuer quelques travaux de restauration dans sa maison. Celle-ci commençait à tomber en ruine, et la dame craignait qu’il n’arrive malheur à ses enfants. Son garçon et sa fille avaient moins de cinq ans et, comme chez ceux de leurs âges, leur gentillesse ne les empêchait pas de faire quelques bêtises. Selon elle, le pire pouvait arriver dans cette maison qui tenait difficilement debout. Bellami la rassura et lui promit de venir le lendemain. La dame contente s’en alla. Rajarshi qui avait tout entendu de leur conversation, prit la cloche qui invitait les gens à venir écouter, et la fit sonner plusieurs fois. Les villageois aux alentours se rapprochèrent. « - Aujourd’hui est un grand jour, mon disciple est devenu immortel », affirma le Guide. Bellami, surpris, le contredit : « - Non, pas du tout, pourquoi prétendre cela ? ». « - Ah bon, je l’ai cru » répliqua Rajarshi. « - Une femme est venue solliciter ton aide, et tu lui as promis de venir demain. Cette promesse n’est-elle pas une victoire sur la mort, toi qui es sûr de ne pas mourir aujourd’hui ? ». Bellami comprit son erreur : il avait remis au lendemain ce qu’il pouvait accomplir le jour même, et rien ne garantissait sa parole car on ne sait pas ce que l’avenir réserve. Sans plus attendre, il partit aider la dame.

— Stéphen Moysan

Très vaguement inspiré du conte des sages de l’inde Victoire !


15. Un homme en colère



Il était une fois un homme en colère nommé Nayati. Mais pas d’une colère utile et justifiée, comme celle permettant, après avoir repéré en quoi le monde n’est pas assez bon, d’entreprendre dans une saine conduite qu’il devienne meilleur. Non, c’était une colère annonciatrice de violence qui le guidait. Et puisque contenir sa colère permet souvent d’éviter les regrets, lui en avait malheureusement beaucoup. Dès le plus jeune âge, il avait eu une existence difficile : son père, un modeste bouvier du coin, était un ivrogne qui un jour de fête religieuse avait bu plus que de raison et avait frappé sa femme jusqu’à la tuer parce qu’elle lui avait demandé d’arrêter le vin. Il n’était à cette époque qu’un enfant qui, en essayant de défendre sa mère, avait également été blessé. Il ne comptait plus les nuits où il avait pleuré d’impuissance. Depuis, il rendait coup pour coup aux personnes qui l’approchaient de trop près. Il se battait constamment. Quelques familiers avaient essayé de l’aider mais le seul langage qu’il connaissait était celui des poings et des pieds, et nul n’était parvenu à le soulager de la haine qui avait grandi en lui. Alors quand ces mêmes familiers demandèrent son avis éclairé à Rajarshi, il formula ce conseil : « - Pour cesser d’être violent et d’oublier son rôle de victime, il faut guérir les blessures du passé en acceptant le soin de la bienveillance. Tant que cet homme n’aura pas fait la paix avec lui-même, il est inutile d’attendre qu’il la fasse avec les autres. »

— Stéphen Moysan


16. Injures *



Quelle que soit la situation, Rajarshi était capable d’en tirer un enseignement. Pour entendre ses sages paroles, les gens s’empressaient autour de lui sur la place du village. Un dimanche de sainte commémoration, un auditeur parmi la foule, excédé par les applaudissements que le Guide suscitait et les louanges qui lui étaient adressées, l’insulta. Son désir ardent de déverser son fiel était si fort que tous les pires mots de la langue universelle furent prononcés. Mais avec calme et sérénité Rajarshi resta impassible, et l’homme en colère quitta l’endroit. Celui-ci s’apaisa en rentrant chez lui, et en s’interrogeant sur ce qu’il avait fait, il s’aperçut que sa colère avait été déclenchée par un excès de jalousie. La culpabilité le rongeant, il entreprit de faire demi-tour pour s’excuser. Lorsqu’il revint sur les lieux de l’affront, la foule incrédule se mit à murmurer et s’indigner de façon inaudible. Puis, elle fit silence quand le fautif se prosterna devant le Guide en s’excusant et en demandant qu’on lui pardonne l’inconvenance de ses propos. Rajarshi releva le jeune homme et, à la surprise générale, affirma qu’il n’y avait selon lui aucune inconvenance ressentie à pardonner. « - J’ai pourtant été injurieux » affirma le jeune homme. Rajarshi lui répliqua : « - Si quelqu’un vient vous voir et qu’il vous tend un objet dont vous n’avez pas usage, vous ne le prenez pas et le donateur garde son objet, n’est-ce pas ? Eh bien pour cette même raison vous souffrez de vos injures tandis que moi, rassurez-vous, je n’en ai pas été accablé. »

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte des sages de l’Inde Injures.


17. La valeur de la personne *



Rajarshi connaissait la médecine. La femme du préfet de Sangara était gravement malade. Le préfet qui l’aimait profondément avait embauché tous les docteurs pour la guérir, mais nul n’y parvenait. Quand il eut écho que le Guide était près de chez lui, il l’invita dans sa demeure et lui demanda ce qu’il désirait en échange de son aide. « - Je souhaiterais que soit exaucé le vœu d’un pauvre qui serait réalisable » prononça Rajarshi. La requête n’était pas excessive, le préfet l’accepta. Et après dix jours de traitements médicaux, sa femme finit par guérir. Il remit alors à Rajarshi un papier comme preuve de sa promesse. La foule, qui avait eu vent de la nouvelle, réclamait la venue du Guide et chantait ses louanges sur la place publique. Il vint y tenir ce discours : « - Qui aimerait avoir ce papier pour que son vœu soit exaucé ? ». Tout le monde leva la main en hurlant « - Moi, - Moi, - Moi ». Puis, il le fripa et recommença : « - Qui aimerait avoir ce papier ? ». Tout le monde leva la main en hurlant : « - Moi, - Moi, - Moi ». Puis, il le jeta dans un trou par terre, le piétina, et cracha dessus, en prononçant à nouveau cette phrase : « - Qui aimerait avoir ce papier ? ». Evidemment, chacun continuait d’hurler : « - Moi, - Moi, - Moi ». Dans ces conditions Rajarshi conclut : « Mes amis, ce papier est une leçon. Peu importe ce qui lui arrive, vous le désirez toujours. Comme lui, vous serez parfois froissés, jetés plus bas que terre, salis ; vous penserez valoir moins que rien ; mais votre valeur n’aura pas changé au regard de ceux qui tiennent à vous. »

— Stéphen Moysan

Inspirée du conte La valeur de la personne. Texte qui a paru le 19 décembre 2001, dans le journal local « Le Canada Français »


18. Paroles de sortie de bar



Quelques soient les époques, en voyageant, on s’aperçoit que dans chaque village du monde, il y a toujours un homme plus ou moins âgé au bar - parfois grand, de taille normale ou juste petit ; blond, brun ou roux ; gros, maigre ou bien portant - qui clame que le monde va mal et que demain sera pire qu’aujourd’hui. À l’écouter, il n’y aura bientôt plus de travail ; l’école est défaillante ; les jeunes ont perdu le respect des anciens car les parents sont trop laxistes ; une guerre est proche et il faut s’y préparer ; les étrangers sont la cause de nos malheurs ; qui sait encore quelle maladie va nous toucher. Et comme cet homme qui boit ne peut pas avoir tort sur tout, au fil des ans, il croit de plus en plus qu’il a raison. Et ses craintes grandissent. Alors il se met à parler du bon vieux temps, ces années où il suffisait de pas grand chose pour s’amuser ; où les femmes avaient encore de bonnes manières, où les jeunes étaient prêts à aider les anciens sans rechigner au travail ; où on connaissait l’ordre et le respect, où l’on vivait une effervescence intellectuelle, sociale, et politique ; et où en dépit de circonstances autrement plus difficiles, on était capable d’accomplir l’impossible. Au contact de l’un d’eux à moitié ivre qui déblatérait son discours en sortant du bar de Sambuca, Rajarshi profita des circonstances pour instruire ses disciples : « - Regardez bien cet homme, car de son attitude, il y a un enseignement à tirer. Quand on s’inquiète trop de l’avenir et qu’on regrette le passé, le présent nous fait perdre notre temps. » ¹

— Stéphen Moysan

1. Sagesse du monde.


19. Le refus de porter des beaux habits



Au palais, la tradition voulait que tous les ministres s’habillent élégamment pour traiter des affaires de l’État. Les hommes portaient des costumes prestigieux, des bijoux élégants, des justaucorps ornés de broderies tissées au fil d’or. Un collier religieux, un chapeau doublé de satin parfaisait cette tenue, ainsi qu’une paire de gants noire, et une canne à pommeau. Leurs femmes étaient vêtues de robes accompagnées de corset qui leur donnait un maintien extrêmement noble. Le décolleté était interdit pour ne pas laisser entrevoir la poitrine. Les manches étaient échancrées et garnies de dentelle. Mais Ethan, refusait de s’habiller selon les codes de la noblesse pour suivre l’exemple d’Emma qui était si belle dans ses vêtements simples, et il tenait à ne pas déroger à cette règle. Un jour, de riches donateurs se déplacèrent pour offrir un peu de leur or aux pauvres du pays. Ils demandèrent à rencontrer le fils du roi, qui se présenta dans ses habits de misère. Personne n’aurait pu croire qu’il s’agissait d’un prince. Les donateurs, outrés par le mépris dont ils se sentaient victimes, pensèrent que l’on se moquait d’eux et repartirent sans rien offrir. Emma interrogea alors le jeune prince et lui dit : « - Était-il si contraire à l’honneur que de se vêtir comme sa fonction le réclamait à cette occasion ? N’est-ce pas attacher trop d’importance à la mode que de la dédaigner de façon permanente ? ».

— Stéphen Moysan


20. Une erreur réparée



Ce n’était pas la première fois qu’Emma étonnait ses interlocuteurs. Le jeune prince qui cherchait à lui plaire en refusant comme elle de porter de nobles vêtements et en essayant de prouver qu’il était détaché des affaires matérielles, comprit qu’il ne fallait pas figer les choses et que chaque choix qu’il devait faire dépendait des circonstances. Très rares sont les lois qui s’appliquent dans toutes les situations. Puis Emma dit à Ethan que reconnaître son erreur c’était se montrer plus sage que lorsqu’elle avait été commise. Il suffisait qu’il entreprenne d’agir au mieux pour qu’elle l’aime. Ethan fut tellement heureux de ces mots qu’il mit toute sa ferveur pour convaincre son père de réparer sa faute. Et finalement un banquet de donation fut organisé. Une magnifique fête où les gens, tellement ravis, se sentirent redevables au point de donner de l’argent pour ceux qui ne bénéficiaient pas d’un tel bonheur. Il y avait de la musique envoutante incitant les invités à danser, des espaces plus calmes pour discuter autour d’une table, une scène de théâtre où se jouait une pièce mêlant le drôle au vrai et qui eut beaucoup de succès, et puis d’autres endroits encore avec des jongleurs expérimentés, des acrobates merveilleux, des cracheurs de feu, des jeux amusants, et un buffet délicieux. Pour la cause qu’il défendait, Ethan avait fait une exception et s’était habillé comme un prince, et ce sacrifice personnel avait été plus qu’utile puisqu’il avait permis d’aider les gens dans le besoin.

— Stéphen Moysan


21. Derniers mots sur la fête



N’allez pas croire, suite à ce récit de fête, qu’il faut toujours satisfaire les riches pour aider les pauvres. Emma avait eu de bonnes raisons d’aller contre leurs mœurs et de s’habiller modestement durant ce banquet. D’abord, elle n’était pas fille de roi, de duc ou de comte, et pouvait se permettre une robe simple et blanche car le choix de la modestie honore Dieu. Une tenue vestimentaire contrastant avec celle d’une société largement indécente interpelle et interroge ceux qui vous regardent, comme un témoignage visuel. Cela révèle votre dignité et montre l’exemple. Corps et esprit y gagnent. Elle était riche de n’avoir besoin de rien. Emma éprouvait un réel intérêt à fabriquer ses propres vêtements et suivre la voie qui lui semblait la plus juste. Ainsi, parce que ces actes faisaient sens, de plus en plus de gens demandaient à l’écouter. Pourtant elle n’aimait pas trop s’exprimer. Selon elle, « quand l’esprit est silencieux, on entend davantage son cœur. » De plus, les phrases prononcées et les phrases entendues sont différentes. Même à essayer de la réduire au maximum, il y a toujours une déformation de la signification des mots prononcés par celui qui écoute. Au mieux, elle est subtile. Le Maître de l’Esprit aimait à répéter à qui voulait bien l’entendre : « Dire, c’est faire rire. Faire, c’est faire taire. » ¹ Se contenter de répéter les paroles des sages sans les appliquer ne nous apprend rien. Elles deviennent lettres mortes. Nul n’aurait pu être un meilleur enseignant pour Emma que le Maître de l’Esprit.

— Stéphen Moysan

1. Sagesse du monde


22. L’Argent selon Emma



A écouter Emma, l'argent pouvait acheter une maison, mais pas un foyer. Il pouvait acheter le lit, mais pas le sommeil. Il pouvait acheter une horloge, mais pas le temps. Il pouvait acheter un livre, mais pas la connaissance. Il pouvait acheter une position, mais pas le respect. Il pouvait acheter du sexe, mais pas l'amour ! ¹ C’est une richesse morte. Malheureusement, si l’argent ne faisait pas le bonheur, il faisait le malheur de ceux qui n’en avaient pas. Aussi quand la morale fout le camp, le fric court derrière. Elle répétait : Déposez les moments de bonheur dans la banque de votre cœur, vous pourrez y effectuer un retrait en cas de besoin. ² L’amour devrait être la seule monnaie d’échange acceptée partout. Qui regarde la pauvreté s’amplifier, regarde les riches s’empiffrer. Si vous pensez vraiment que notre environnement est moins important que notre économie, essayez juste d’arrêter de respirer le temps que vous comptiez votre argent. ³ On veut en gagner pour vivre heureux et tout l’effort et le meilleur d’une vie se concentre pour le gain. Le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin. 4 Au mieux l’argent est un bon serviteur et un mauvais maitre. Peu importe que vous ayez une réputation, ou de grandes dispositions financières, si vous n’avez pas bon cœur, vous ne valez rien. Il ne faut pas être idiot. Un homme intelligent résout le problème. Un homme sage l’évite. Un homme stupide le crée. Et si le monde est plein de problèmes, c’est qu’il doit y avoir une raison. 5 Mais elle n’accablait pas les gens de penser autrement.

— Stéphen Moysan

1 Proverbe Chinois
2 Internaute
3 Guy McPherson
4 Albert Camus
5 Albert Einstein


23. Le travail *



Un jour qu’Emma était au bord de l’eau, que le chant des vagues était mélodieux et que le soleil rayonnait, un homme bien habillé et prédestiné à donner des leçons vint la voir. Il s’appelait Zéroual et avait l’assurance de ceux qui pensent avoir réussi dans la vie. Il l’interrogea sans se soucier d’être intrusif ou non. Sa voix était grave et son ton moralisateur : « Pourquoi demeures-tu sur le sable au bord de l’eau à ne rien faire à proximité de ce bateau ? », lui demanda t’il. - Parce que le ciel est bleu, ensoleillé, que c’est la saison des amours et que les abeilles embrassent le cœur des fleurs répondit t’elle. « Raison de plus, le temps y est favorable, tu devrais travailler, pécher du poisson, plutôt que de paresser. » - Dans quel but attraper plus de poissons que je n’en ai besoin. « Tu pourrais les revendre et gagner plus d’argent. » - Après quoi ? - Que m’apporterai plus d’argent ? « De cette façon, tu pourrais investir dans un meilleur bateau ou employé des saisonniers de la pêche qui te rapporterai plus de poissons. » Et pourquoi entreprendre cela ? « Pour accumuler plus de richesses. » - Et après ? « Passé quarante ans de travail, tu pourrais te payer du repos et te délasser les pieds dans l’eau en te croisant les bras. » C’est exactement ce que je suis en train de faire maintenant. -Travailler dur, pour qui ? Pécher à quelle fin ? Il n’y a pas de vertu dans le travail, il n’y en a que dans ses buts, dans les raisons qui nous poussent à le faire. Zéroual n’aima pas sa réponse et parti en colère.

— Stéphen Moysan

Le prêtre et le pêcheur, paraboles celtiques


24. Choisir à chaque instant son attitude *



Emma était toujours joyeuse et quand on lui demandait « comment ça va ? » elle répondait constamment « Je ne pourrais pas aller mieux, car le bonheur vient de la vertu et fait de la gaieté notre caractère. » Et si ceux qui l’écoutaient pensaient que ce n’était pas si facile, elle ajoutait que la vie c’est une question de choix, et qu’on est maître de nos réactions et de l’influence que peut avoir autrui sur nous. Mais Zéroual, qui la détestait, jeta un Supplicium sur elle. Elle fut rouée de coups, avec tant de violences qu’elle perdit connaissance et ses capacités physiques pendant de longs jours. Après cet événement, on lui posa à nouveau la question « comment ça va ? » elle répondit : « je ne pourrais pas aller mieux, car le bonheur vient de la vertu et fait de la gaieté notre caractère ». « - Avait-elle eu peur ? » « - A ses yeux, les secours avaient été rapide. Les premiers soins appropriés. Mais les médecins pensaient que les coups avaient été trop violents et que le pronostic vital était engagé. » Elle leur murmura qu’ils n’avaient pas été si violents qu’ils ne paraissaient puisqu’elle pouvait encore les entendre et qu’elle comptait bien déjouer leur diagnostic. » Alors les soignants se mirent à rire. Et elle ajouta : « J’ai fait le choix de vivre et vous feriez bien de me soigner comme une femme vivante plutôt qu’une femme morte. » Ce à quoi ils s’appliquèrent. La seule chose qui nous appartient et que nul ne peut contrôler à notre place, ce sont nos attitudes et quand on en cultive des positives, le reste est superflu.

— Stéphen Moysan

Viktor Frankl


25. La foi *



Si votre foi n’améliore pas votre vie et ne rend pas votre entourage plus heureux, c’est que quelque chose la concernant ne va pas. Il faut y remédier. Abandonnez les religions, et chercher Dieu à la place. Dans ce monde où le vouloir tout et vite prend tant d’ampleur, que nos vœux ne soient pas toujours exaucés s’avère parfois utile. De meilleures choses peuvent advenir de ce que l’on n’attend pas. Si les hommes se contentaient d’être heureux et non de vouloir l’être plus que les autres, peut-être pourraient-ils l’être tous ? Nul besoin de temple autre que vous même. Car en vous, vous pouvez prier et vous recueillir pour trouver la paix. D’après la légende, leur propre divinité fut cachée aux hommes. Sous terre, ils auraient pu creuser et la trouver très vite, dans les océans il est certain qu’ils l’auraient remonté à la surface, dans le ciel, idem l’homme un jour y aurait accès facilement. Alors elle fut cachée en eux-mêmes, seul endroit où ils ne penseraient jamais à chercher. Depuis ce temps, ils ont fait le tour de la planète, exploré les océans et le ciel à la recherche de quelque chose qui se trouve en eux-mêmes. Il faut apprendre à accepter l’inévitable et à améliorer ce qui peut l’être. Les croyants de peu de foi voient Dieu comme le soleil, et pourtant ils doutent qu’ils existent derrière les nuages. La générosité d’un athée vaut mieux que l’avarice d’un croyant. Les religions n’ont pas l’exclusivité du bon comportement. Mais que nul n’hésite à prier, sans renoncer, car il est toujours temps de prendre soin de son âme.

— Stéphen Moysan

Sagesse du monde


26. L’étrange testament *



Un vieux guide spirituel fort sage avait fait office dans la région d’Ella pendant la plus grande partie de sa vie. Quand atteint d’une maladie incurable, il savait qu’il allait bientôt mourir, il voulut protéger la foi de ses fidèles des trop nombreux prédicateurs de pacotille aux environs. Il rédigea un testament pour distribuer les biens qui lui appartenaient. Après quoi, il put partir en paix. A son enterrement, ses fidèles se rassemblèrent pour pleurer sa mort, et s’inquiétèrent que ses dernières volontés soient bien respectées. Ils léguaient dix-sept chevaux en sa possession de la manière suivante. L’office du village en acquerait la moitié. Les pauvres de la ville pourraient en héritiers d’un tiers, son fidèle serviteur s’en verrai offrir un neuvième. Mais personne ne comprit ce que cela signifiait. Tout le monde se creusa les méninges avant d’en arriver à la conclusion qu’il était impossible de partager dix-sept chevaux de cette façon. Certains soumirent l’idée de les revendre pour partager l’argent comme désiré, mais la majorité trouva que ce n’était pas respecter le testament. On partit donc à la recherche de sage pour résoudre l’énigme. Ils revinrent avec Emma qui leur proposa son cheval personnel. Ainsi il y en aurait dix-huit. L’office en aurait neuf, les pauvres en auraient six, et son fidèle compagnon deux. Cela faisait dix-sept et on pourrait lui rendre le cheval qu’elle avait donné. Par ce moyen on avait trouvé un successeur haut en sagesse et en intelligence que l’on pouvait suivre : Emma. Et c’était bien ce que désirait le vieux guide.

— Stéphen Moysan

Parabole Celtique


27. Rendre le monde meilleur. Possible ?



Nous connaissons en général trop peu de détails sur la vie des gens pour s’empresser de les juger. Il est vrai qu’il y a dans le jugement cette critique de nous-même à travers les autres, mais il est plus facile de reconnaître les fautes d’autrui que les siennes. Essayons de nous dépasser nous même plutôt que de dépasser ceux qui nous entoure. On gagne la confiance quand on aide à avoir confiance en soi. Pour beaucoup d’entre nous, nous perdons trop de temps dans nos vies pour nous plaindre de ne pas en avoir assez. La chaleur de l’amour nous réchauffe le cœur. Mais parfois le feu de la passion s’embrase, nous brule et nous consume jusqu’à ce que la jalousie ne laisse que des cendres. Aussi apprenons à aimer sans nous enflammer. Ayons la clarté de l’esprit et la bonté du cœur.¹ Si le futur nous importe, donnons tout au présent. Ne soyons pas de ceux qui ignorent hier et qui demain ne feront pas de progrès. Parfois, plus j’aide les autres à réaliser leur rêve et plus je me rapproche de mes propres rêves. Souvent nous ne sommes pas ce que nous sommes, nous valons mieux que cela. Un homme contemporain n’est pas un homme comptant pour rien. Un autre monde est possible, il faut s’appliquer à le faire naitre. A travers les guerres la boulimie de la mort entraine l’anorexie de la vie. Et le pire est que le pire peut encore survenir quand celui qui s’attend au pire n’est jamais déçu. Si vous n’avez pas trouvez la paix en vous, ne la cherchez pas ailleurs. ²

— Stéphen Moysan

1. Malheureux l’homme qui ne sait pas qu’il possède deux grands trésors à l’intérieur de lui-même : la clarté de l’esprit, qui peut le rendre libre, et la bonté du cœur, qui peut le rendre heureux.
2. La Rochefoucauld : Tant que tu n’as pas trouvé la paix en toi, ne la cherche pas ailleurs.


28. Le prix du miracle *



Emma qui avait beaucoup appris du Maitre de l’Esprit Rajarshi, était particulièrement douée en médecine et même plus elle était devenue une faiseuse de miracle. Un jour qu’elle discutait avec un pharmacien, un jeune garçon nommé Ali Junior vint les voir. Ali Junior avait entendu ses parents pleurer en discutant de la maladie de son petit frère qui nécessitait des soins extrêmement couteux et qu’ils ne pouvaient pas assumer. Il alla chercher les sous qu’il possédait dans sa boite à trésor et les compta trois fois avec exactitude, car il ne voulait pas commettre d’erreur. Puis il partit, chez le pharmacien qui trop occupé à discuter avec Emma ne le vit pas arriver. Il attendit patiemment sans faire de bruit mais avec détermination quand la Fille de Dieu remarqua sa présence. Le pharmacien lui demanda ce qu’il désirait. Il répondit qu’Hakim son petit frère était dangereusement souffrant et que son papa et sa maman pleuraient car ils n’avaient pas assez de sous pour une intervention médicale. Alors avec son argent : deux écus et vingt-huit cents, il était venu acheter un miracle. Le pharmacien lui rétorqua que les miracles n’étaient pas à vendre car ils n’existaient pas mais le petit garçon insista. Emma lui demanda de quel miracle il avait besoin ? Un qui pourrait guérir Hakim répliqua-t’il. Alors Emma demanda à ce qu’il remette son argent à un mendiant sur le retour de la maison et intervint pour soigner son frère. Les parents d’Hakim heureux de sa guérison se demandèrent combien avait couter ce miracle ? Ali Junior en connaissait exactement le prix.

— Stéphen Moysan

Le pouvoir divin de l’homme (légende hindoue)


29. Les dix commandements paradoxaux *



La fille de Dieu aimait à dire : Si les gens sont absurdes, irrationnels et égocentriques, aimez-les quand même. Si vous êtes désintéressé, et qu’ils y voient un calcul de votre part. Soyez désintéressé quand même. Par votre réussite viendront les faux amis et les vrais ennemis. Parvenez à vos objectifs quand même. Si l’on oublie vos bonnes actions dès le lendemain. Agissez pour le mieux quand même. La droiture et l’honnêteté peuvent vous rendre plus faible. Soyez droit et honnête quand même. Ceux qui voient grand peuvent se faire barrer la route par des esprits étroits. Voyez grand quand même. Parce qu’ils y trouvent intérêts, les gens défendent les puissants. Luttez pour les petites gens quand même. Tout se que vous accomplissez peut-être anéanti du jour au lendemain. Accomplissez-le quand même. Parfois les gens que vous aidez peuvent se retourner contre vous. Aidez-les quand même. Parfois l’on ne gagne pas à donner de soi-même. Donnez le meilleur de vous même quand même. Alors vous serez libre. Accomplissez ce qui vous semble juste et bon, car cela a un sens. Suivre ses propres valeurs en pleine conscience guide notre existence vers la liberté que l’on soit apprécié ou non. Ainsi nous sommes libres d’être qui nous sommes vraiment, libre d’accomplir ce pourquoi nous sommes destinés, « libre de mener une vie cohérente dans un monde jugé parfois absurde ». Et cette liberté sera source de joie et de bonheur le plus profond que l’on puisse connaitre.

— Stéphen Moysan

Texte quasiment pas retravaillé, Suivant les 10 commandements paradoxaux écrits à l'origine par Kent M. Keith en 1968


30. Les trois portes *



Vers vingt-cinq ans Emma, pour qui Ethan avait la plus grande affection, répondit à l’une de ces demandes qui était de l’éclairer sur le sentier de la vie. Elle consentit à lui expliquer qu’il trouverait trois grandes portes sur sa route. Chacune d’entre elles exigerait de lui un comportement spécifique pour les ouvrir, dont il ne fallait pas chercher à s’éloigner. La première lui indiquerait : « change le monde ». Ethan était réellement désireux de mettre cette instruction en application, car de nombreuses injustices perduraient. Avec idéalisme, enthousiasme et vigueur, il entreprit de modeler la réalité comme il la souhaitait. Il y trouva du plaisir mais pas l’apaisement du cœur. S’il parvint grâce à son statut à améliorer certaines choses, beaucoup d’autres lui résistèrent. Même sa fonction très importante de prince ne pouvait pas tout. Il revint voir Emma, afin de lui avouer ce qu’il avait appris. Que tout n’était pas en son pouvoir. J’ai appris à discerner ce qui dépend et ce qui ne dépend pas de moi. Emma lui conseilla de réaliser ce qui était en son pouvoir et d’oublier ce qui ne l’était pas. Alors le prince se trouva devant la seconde porte : « Change les autres ». C’était bien son intention. Il apprit ainsi que les autres n’étaient pas la source de ses joies ou de ses peines, ils n’en étaient que le révélateur. Qu’il faut être reconnaissant pour ceux qui donnent joie et plaisir mais qu’il faut l’être tout autant envers ceux qui font naitre souffrance ou frustration, car avec eux la vie enseigne ce qui reste à apprendre et le dernier chemin à parcourir à travers la troisième porte.

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte : les trois portes


31. Le paradis et l’enfer *



Emma méditait profondément le long de la route dans la position de circonstance que le Maitre de l’Esprit lui avait enseigné. Soudainement, un homme équipé d’une arme à la lame mal affutée s’arrêta pour lui demander « - Jeune femme dis-moi à quoi ressemble le paradis et l’enfer ». Progressivement, la Fille de Dieu ouvrit les yeux et le chevalier de plus en plus impatient d’attendre sa réponse en devint presque agité. « Tu souhaites connaitre les secrets du paradis et de l’enfer ? Toi dont les habits sont négligés, les cheveux en bataille et mal coupé, dont l’haleine pue tel un pestiféré, toi qui sens le rat, avec ton arme altérée et qui fait pitié, tu oses me demander de t’instruire sur le paradis et sur l’enfer ! » Humilié de la sorte, le visage de l’homme devint rouge de colère, et ses veines se gonflèrent menaçant de laisser éclater sa fureur. Il leva son arme un peu plus haut que la tête d’Emma prête à la tranchée d’un coup puissant et assuré. « - Cela c’est l’enfer », lui murmura Emma avec respect et gentillesse, compassion et amour juste quand la lame commençait à redescendre. Stupéfait, le chevalier resta pantois devant sa réponse. La Fille de Dieu avait risqué rien de moins que sa vie pour lui prodiguer son enseignement. Il stoppa son geste mortifère à mi-chemin et de ses yeux coulèrent des larmes de profonde reconnaissance. « - Et cela, c’est le paradis ! » conclut Emma.

— Stéphen Moysan

Inspiré du conte : le paradis et l’enfer


32. Les maladies de la Foi authentique



Emma considérait que les tenants du pouvoir sacerdotal de la Foi authentique étaient souffrants de plusieurs maladies. Celle des hommes qui se pensaient éternels et tout à fait indispensables, en se transformant en maîtres et en se sentant supérieurs à tous, et non au service de tous. Celle des hommes esclaves du travail qui négligeaient le repos et le ressourcement spirituel. Celle de la pétrification mentale, et du cœur de pierre, qui faisait perdre l’humilité et la générosité. Celle qui poussait à une planification excessive et qui enfermait la liberté. Celle de la mauvaise coordination dans un orchestre qui produisait seulement du chahut sans communion d’équipe. Celle de l’Alzheimer spirituelle de ceux qui avaient perdu la mémoire de leur rencontre avec le divin. Celle de la rivalité et de la vanité, qui n’avait pour but que les signes honorifiques qui écrasent l’autre. Celle de la schizophrénie existentielle, qui poussait à avoir une double vie, fruit de l’hypocrise et du vide spirituel. Celle de la médisance, qui sèmait la zizanie et l’assassinat des réputations. Celle de la divination des chefs qui cherchait à obtenir leur bienveillance. Celle de l’indifférence envers les autres, qui ne faisait penser qu’à soi et perdre la sincérité et la chaleur des relations humaines. Celle de la boulimie des biens, qui ralentissait et alourdissait considérablement notre chemin vers la sobriété. Celle des cercles fermés qui divisait le royaume. Et celle des profits mondains, qui touchait les personnes multipliant les pouvoirs.

— Stéphen Moysan


33. Faire son deuil *



J’ai passé la mort de Rajershi dans le récit, à cause d’un pouvoir qui ne le supportait pas, ni lui ni la fille de Dieu. Aéli, la sœur du Maitre de l’Esprit, pleurait beaucoup sur le monument qu’elle avait érigé pour la mort de son frère. Elle se mettait en boule sur le sol car son désespoir était trop lourd à porter. Elle criait et refusait de se nourrir ou de s’hydrater. Elle n’avait que Rajarshi pour famille et il lui avait été enlevé. Seule désormais, elle désirait le rejoindre dans la mort. Emma qui avait pris des risques pour la retrouver et la réconforter s’approcha d’elle. « Pourriez-vous le ramener à la vie ? » Cela se peut, mais il me faudrait un feu provenant d’un foyer n’ayant pas connu la mort répondit Emma. Aussi voilà la sœur partie au village à la recherche de cette famille, mais toujours on lui répondait, d’aussi loin que l’on se souvienne, nos ancêtres sont tous morts et parfois même les plus proches. Elle pénétra chez une femme qui lui dit « ma fille est au ciel » et puis dans une autre maison « mes parents sont sous terre ». Elle visita des dizaines de maisons et partout des réponses identiques. Elle revint alors en fin de journée vers la Fille de Dieu qui l’attendait. Me voici les mains vides car chaque foyer a connu la mort. Et tous son triste dit Emma car il y a forcément de la souffrance à s’attacher à ce qui doit disparaitre. Mais ne pleure pas ce qui n’est plus, soit heureuse de ce qui a été. Il faut suivre les étapes du Deuil. Et en l’invitant à s’échapper de la prison de la douleur, la lumière de ses mots pénétra son cœur.

— Stéphen Moysan

D’après le conte du bouddhisme : la mère et la mort


34. Mon Dieu… Pourquoi *



Emma aussi était en proie au doute parfois. La grandeur de l’être humain est qu’il est peut-être le seul vivant à s’interroger sur la signification de son existence. Elle n’échappait pas à la règle et se questionnait en cherchant les justes réponses. Des centaines de milliards d’individus ont existés sur Terre et combien durant leur vie n’ont pas connu la douleur, la souffrance et la peine. Dans quel but ? Jusqu’à quand durera cette tragédie ? Si c’est pour découvrir le sens de la vie, combien ont pu le faire ? Et combien on eut l’occasion de méditer sur ces questions plutôt que de devoir survivre ? Des réponses s’imposaient alors. Le but de la vie est d’apprendre à aimer, gagner des libertés d’amour et lutter contre le mal. Sinon l’œuvre de Dieu serait absurde. Fondamentalement, la condition humaine est aussi souffrance : physique, psychique, moral. C’est le lot de tous. Puisque tous ne peuvent pas supprimer les causes par l’ascèse, il faut réagir face à elle par le partage et l’offrande. Faire un tremplin du mal ressenti peut conduire à des sommets d’humanité, atteindre la transcendance des merveilleux malheurs. Toute souffrance surmontée est une croissance d’être. Emma savait qu’elle n’était pas venue pour être servie mais pour servir. Et elle ne voulait pas faire l’objet d’idolâtrie sans qu’on médite sur ses actes et paroles. Elle était pour le service des autres et non l’adoration de soi, en mettant la compassion au sommet des vertus. La transmission de son savoir était oral, le spirituel supporte mal la transmission écrite qui fige les choses.

— Stéphen Moysan

D'après des Idées développées par l’Abbé Pierre


35. Agir avec cœur et intelligence*



Emma avait la clarté de l’esprit qui rend libre et la bonté du cœur qui rend heureux. Si nous savions tous aider nos frères, nul n’aurait plus jamais soif et faim. A la frénésie de vouloir toujours plus, en accumulant les richesses, alors qu’en vérité peu de choses sont vraiment nécessaires, elle préconisait de préférer le contentement qui apporte le bonheur même dans la pauvreté tandis que l’inverse apporte la tristesse même dans la richesse. Pour elle, continuer de prendre plaisir à posséder ce qui est déjà à nous évite de se mettre dans la difficulté d’obtenir tout ce que nous convoitons et l’impossibilité de cette réalisation qui mène à la frustration et la colère. Par nature l’homme désire constamment autre chose. Nous devrions pouvoir posséder sans être possédé. Bien sûr la richesse n’est pas un mal, l’homme pauvre attaché aux biens est dans la convoitise plus que l’homme riche qui s’assigne pour mission d’augmenter le niveau de vie de ses concitoyens. Agir avec intelligence nous conduit à la recherche du savoir, de la vérité et de la liberté. Agir avec cœur nous met en quête d’amour. Allier les deux c’est accéder à la beauté et la justice. « Soyons le changement que nous voulons dans le monde » 1 Ne soyons plus prisonniers de nos peurs, de nos pulsions, de nos habitudes, esclaves de nous-mêmes, libérerons-nous de nos prisons intérieures, et cette libération passe par la connaissance de soi. En posant des actes positifs, le changement s’opère. Alors confiance et juste amour de soi grandissent.

— Stéphen Moysan

Idées et phrases tiré de l’Âme du monde De F.Lenoir + 1 Gandhi


36. Rendre au moins autant qu’on a reçu



Appliquons-nous à garder les deux yeux ouverts : un œil sur la misère du monde pour la combattre, un œil sur sa beauté ineffable pour rendre grace.1 Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui, mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.2 Avoir un état d’esprit positif aide non seulement à imaginer ce qu’on veut être, mais aide aussi à le devenir.3 En commençant par faire le nécessaire, puis en faisant ce qu’il est possible de faire, on réalise l’impossible sans s’en apercevoir. L’homme devrait mettre autant d’ardeur à simplifier sa vie qu’il n’en met à la compliquer.4 Si nous doutions de nos peurs au lieu de douter de nos rêves, alors imaginez tout ce qui serait possible d’accomplir.5 Rendons le bien pour le bien, et la justice pour le mal.6 Le contentement apporte le bonheur même dans la pauvreté. Le mécontentement apporte la pauvreté, même dans la richesse.7 Ne pas se croire pauvre parce que les rêves ne sont pas réalisés, vraiment pauvre est celui qui ne connait pas le rêve.8 Comment perdre foi en la justice de la vie quand les rêves de ceux qui dorment sur la soie ne sont pas plus beaux que les rêves de ceux qui dorment à même le sol.9 L’avenir a plusieurs noms. Pour les faibles, il se nomme l’impossible ; pour les timides, il se nomme l’inconnu ; pour les penseurs et pour les vaillants, il se nomme l’idéal.10 Il est du devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu’il en a reçu.11

— Stéphen Moysan

1 Abbé Pierre
2 Chartier Emile-Auguste
3 Amos Wally
4 Bergson Henri
5 Brown Joel
6 Confucius
7 Confucius
8 Ebner- Eschenbach Marie
9 Khalil Gibran
10 Victor Hugo
11 Einstein


37. Joie, contentement, sobriété et action



Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres.1 La joie est là, il nous faut apprendre à la voir, à l’accueillir, à la laisser émerger. C’est la joie qui mène au renoncement et non l’inverse.2 Ayons la force de supporter ce qui ne peut être changé, et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. 3 Si chacun de nous fait le peu qu’il peut avec conviction et responsabilité, l’on fera énormément.4 Chercher le bonheur dans cette vie est le véritable esprit de rébellion contre la société. 5 Faire un homme heureux, c’est mérité de l’être. 6 Car le bonheur est chose qui se double si on le partage. 7 En suivant le chemin qui s’appelle « plus tard », nous arrivons sur la place qui s’appelle « jamais ». 8 Si je suis plus beau que le plus moche, plus jeune que le plus vieux, plus riche que le plus pauvre, plus intelligent que le plus idiot, n’ai-je pas toutes les raisons d’être le plus heureux des hommes. 9 Notre regard sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais ce que nous percevons de lui. Cultivons le contentement et la sobriété. En chacun de nous, un ange et un démon réside, celui qui gagne est celui qu’on nourrit. Alimentons la lumière et affamons ce qu’il a de mauvais en nous pour assécher l’obscurité. La méchanceté boit elle-même la plus grande partie de son venin. 10 N’attendons pas d’être parfait pour commencer quelque chose de bien. 11 Pour la fille de Dieu mieux valait enseigner les vertus que condamner les vices. 12

— Stéphen Moysan

1 Lao Tseu
2 Fredéric Lenoir
3 Marc Aurèle
4 Pierre Rabhi
5 Ibsen Henrik
6 Jean Jacques Rousseau
7 Schweitzer Albert
8 Sénèque
9 Triboulloy Jean
10 Sénèque
11 Abbé Pierre
12 Spinoza


Le pouvoir des mots *



Bien sûr, ce ne sont pas nos mots qui nous définissent mais nos actions. Ce n’est pas qu’être sage qu’être un bon orateur mais les mots ont le pouvoir à la fois de blesser et de guérir. 1 Employer à bon escient, ils peuvent changer le monde. Pour moi, la fille de Dieu demandait aux gens de faire preuve de gentillesse quand ils le pouvaient, de tendresse pour les jeunes, de compassion pour les anciens, de sympathie avec ceux en difficultés, de tolérances avec les faibles et les méchants, car dans la vie, il est possible et même probable que vous ayez été tout cela au moins une fois. Mais ne croyez pas ce qu’on vous dit de croire seulement parce que vous l’avez entendu et que de nombreuses personnes le répètent, ni même parce que c’est affirmé par un livre religieux, ou que l’autorité d’un enseignant vous le professe, ou qu’il s’agisse de tradition. Mais après observation et analyse, quand il y a accord entre la raison, le bien, le profit de tous et de chacun, acceptez-les et appliquez-les. Méfiez-vous des mots qui simplifient, déforment, réduisent, pour gouverner en prenant le pouvoir, ils impressionnent les ignorants, les mal assurés et les font balbutier. Apprenez les mots qui nous manquent pour pouvoir nous comprendre et ceux qu’il nous faut pour vivre en harmonie. Evitez l’erreur du médecin qui dit à un mourant qu’il va bientôt guérir, « le corps est dans le trouble », il y a là un double message, qui peut engendrer plus de folie (schizophrénie) et de souffrance que d’apaisement.2 Parler vrai, parler juste et le monde s’ouvrira à vous.

— Stéphen Moysan

1 Ne sous-estimez pas le pouvoir des mots : guérir ou blesser. Joyce Vissell

2. Citations en chapitre – l’évangile de marie p 73 : Quand un médecin dit à un mourant qu’il va bientôt guérir, « le corps est dans le trouble », il y a là un double message, qui peut engendrer plus de folie (schizophrénie) et de souffrance que d’apaisement
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