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    * nouveautés de la rentrée 2018



Éternels Éclairs
Poésie Peinture


Stéphen Moysan





Moysan Stéphen


L’instant en sa présence
A des allures d’éternité

Passionnément intense
On se doit de l’honorer
Elle est la quintessence
Sacrée des sens éclairés
Intime du grand silence
Elle sait le faire parler





En route vers l'horizon
En route vers l'horizon




Couverture de La Mort du Romantique








Jeu de poèmes (SMJ)


Entretien entre Mathieu Jacomy et Stéphen Moysan,
au début de l'été 2018.







- Stephen, tu habites à Paris, tu as 38 ans et tu écris des poèmes. Est-ce que tu te définirais comme un poète, ou peut-être comme un écrivain ?


Tout d'abord, pour répondre à ta question, il faudrait savoir ce que représente pour moi être un poète ou un écrivain. Ce n'est pas juste écrire qui permet de se définir comme tel, mais c’est presqu’un idéal de vie à atteindre ... et une certaine idée de transcendance qui se cache derrière. Je pense également qu'il faut apporter une grande contribution à la poésie, ou à l'écriture : ne pas se contenter d'imiter mais développer un style nouveau propre à soi. Mon témoignage sur l'AVC, bien que singulier et pas totalement dépourvu d'intérêt, ne permet pas de répondre à ces attentes. Il avait un autre objectif. Il a été laborieux à rédiger et sans aide extérieure, la tienne notamment, il serait peu satisfaisant. J’ai compris que je ne lisais pas assez pour être un bon écrivain. Lire un roman m’est trop souvent coûteux en efforts. Je manque de références. Ce que je produis est peut-être d’une qualité correcte, mais ce ne sera jamais suffisant pour que j’ose employer le mot d'écrivain pour me définir. Je ne me l’autoriserais pas. La barre est trop haute pour moi, même si j’écris quand même. En revanche, j’ai beaucoup lu de poésie. Et la mienne a évolué avec mes lectures. J’ai commencé par du classique, nourri par Baudelaire ; j’ai été bouleversé par Rimbaud et Verlaine, et mes vers se sont raccourcis ; j’ai adoré Rilke et mes poèmes sont devenus plus courts également. Et je crois être parvenu à mon objectif dans mon dernier recueil : En route vers l’horizon. J’espère avoir abandonné la rime sans que la poésie en souffre. Aussi comme je ne peux pas vivre sans poésie, comme j’ai inventé une nouvelle forme de poème, et comme j’en suis assez fier, j’ose me déclarer Poète.



- Peux-tu nous révéler comment tu t’es mis à l’écriture ?


L'histoire est idiote. Une professeur de français en première a convoqué ma mère pour lui dire à quel point j'étais faible dans cette matière, et qu'il ne fallait pas attendre grand chose de moi. Elle m'a vexé, et avec orgueil j'ai voulu lui prouver le contraire. En fin d'année, au bac, mes résultats sont bons, presque très bons. J'ai pris goût à cet exercice. Ensuite, l’acte deux a lieu en école d’ingénieur, après relecture de Baudelaire, le hasard me fait découvrir Rimbaud, sa vie, son art, et je suis bouleversé. La magie des mots opère, je veux devenir poète comme d'autres veulent devenir rockeur ou rapeur. Acte trois, une rupture amoureuse et un besoin irrépressible d'écrire m'entraine dans cette aventure. Je commence donc l'écriture à 21 ans par la poésie et je m'essaye en parallèle au roman avec pour sujet de fond le génocide rwandais et ses conséquences en RDC.



- Tu dis qu’être poète n’est pas imiter, mais inventer un style nouveau. Est-ce que cela signifie que pour toi la poésie doit avant tout apporter du neuf ?


Je ne l’ai pas toujours cru. Dans ma jeunesse, l’enseignement que j’ai reçu faisait la part belle aux quatrains comme aux sonnets. Je ne me souviens pas d’avoir étudié un poème sans rime. J’ignorais même l’existence du vers libre ou d’autres formes de poésie. En même temps, je n’ai suivi que des études scientifiques, ceci explique peut-être cela. Si l’on étudie la peinture, il devient flagrant que les plus grands peintres du XIXe et du XXe siècle le sont devenus parce qu’ils ont apporté un style nouveau dans leur art. Ils ont même été souvent rejetés au démarrage. Les impressionnistes en sont l’exemple le plus connu. S’il n’y a pas de révolution de style, il n’y a pas de grands peintres. Pourquoi serait-ce différent pour la poésie ? C’est une peinture faite avec les mots. En près de 6000 ans d’histoire d’écriture, quasiment tout a été dit. C’est dans comment le dire que se trouve une parole singulière.



En poésie, est-ce que tout n'a pas déjà été fait ? Est-ce qu'on peut encore innover ?


Il serait démoralisant que tout ait été dit et que tout ait été fait. Je suis convaincu que le champ des possibles dans la manière de dire les choses est presque infini et propre à chacun, c’est d’ailleurs l’attrait de l’écriture. Ecrire comme un autre, hormis à être un excellent faussaire, présente peu d’intérêt. Le style qu’on empreinte révèle une part de soi tout autant que les mots. C’est passionnant de constater que l’écriture évolue avec nos perceptions du monde. Quelques part ma poésie qui était plutôt romantique est devenu plutôt Zen, tout en gardant son engagement, et ça se traduit autant dans la forme que dans le fond car les deux sont intimement liés.



- Ce que tu dis donne l'impression que ton objectif est de devenir un grand poète. Poursuis-tu une forme de grandeur, ou de reconnaissance, ou bien les deux ? Quelle est ton ambition ?


Tout d’abord, il m’est arrivé d’être prétentieux. J’ai effectivement rêvé de devenir un grand poète. Et je me suis cru doué, quand je ne l’étais pas. Après mon AVC, alors que je souffrais d’une aphasie sévère, j’ai relu l’Efflorescence d’un adieu et j’ai alors pensé que mes recherches avaient été bien pauvres, et je me sentais pitoyable d’avoir cru en une forme de génie personnel. Le romantisme de mes poèmes m’écœurait profondément. J’imagine pourtant que croire en soi est nécessaire pour sortir des sentiers battus et avancer. Cette force, même si elle n’est pas légitime, permet de progresser. Pendant longtemps, elle m’a obligé à m’améliorer pour être le plus possible en adéquation avec ce que je disais. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus fragile. Être un grand poète, je ne sais pas trop ce que cela veut dire ? En tout cas, je n’ai jamais cherché à être édité. Je préfère être lu, et internet est beaucoup plus efficace pour cela. Aussi cette année, en 2018, j’ai participé pour la première fois à un concours, celui de la RATP. Mais avec un poème engagé et une nouvelle forme de poésie que j’explorais pour la première fois. Le but n’était pas de gagner, mais que le poème soit affiché dans le métro pour remuer les consciences. Maintenant, je ne peux pas nier non plus avoir désiré par le passé que mon nom soit reconnu, comme pour se dire qu’après ma mort, il y aura encore une trace de moi. Mais mort, je l’ai quasiment été, et je me sens ridicule d’avoir pensé cela. Quant à mon ambition, je te l’ai déjà avoué, j’aspire à participer à l’évolution de la poésie dans un nouveau genre, loin de la rime mais tout aussi efficace. Plus tard, sûrement quand je relirai mes réponses, je m’en voudrai de tant d’arrogance. Il est en effet plus probable que je ne sois qu’un homme ordinaire sans talent spécifique. Mais après tout, cette illusion entretient mon désir d’écrire.



- Comme tu l'as évoqué, tu as été victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC). Cette épreuve, on le comprend aisément, a été un moment clé dans ton parcours de vie. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? Ton rapport à la poésie a-t-il été transformé ?


En effet, j’ai vécu un AVC à 33 ans qui a touché 4 zones de mon cerveau. J’ai écrit un témoignage sur le sujet que j’ai mis à disposition sur le site. Sans rentrer dans les détails, je suis resté longtemps à l’hôpital. Si tu m’accordes le fait d’être un poète, il est certain qu’être un poète maudit me définit alors assez bien pendant cette période. J’ai été confronté à la perte de mes capacités les plus importantes, jusqu’à la perte de la parole et de la raison. Mon rapport à la vie, ma foi, mon écriture, tout a été bouleversé. Ce que je sais, c’est combien je dois à ceux qui m’entourent. Je ne pourrais jamais les remercier suffisamment de leur aide précieuse. Ce que j’ignore, c’est pourquoi je suis revenu d’entre les morts. Mais est-ce vraiment important ? Je suis là et je dois faire au mieux avec ce que je suis. Alors j’écris à nouveau car ça m’est autant nécessaire que de respirer. Et j’ai malheureusement suffoqué quand je ne pouvais plus le faire.



- Tu as fait des études scientifiques et tu enseignes les mathématiques et la physique, des domaines où la rationalité et la logique sont importantes. J'ai l'impression de retrouver cette influence dans les réponses que tu donnes. Est-ce que la logique est utile à la poésie ?


Il fut un temps ou écrire de la poésie, c’était écrire en alexandrin et des sonnets. Il y avait des règles à suivre, donc on peut dire qu’une forme de logique était utile à la poésie. Aujourd’hui, tout est possible. Les limites, s’il y en a, sont imposées par l’auteur. Aucune règle n’est impérative. En fait la seule règle à suivre, c’est qu’il n’y en a pas. C’est à chacun de construire les siennes si nécessaire. En ce qui me concerne, j’ai besoin d’explorer des formats pour écrire. Dans mon témoignage, tous les chapitres font la même taille. Dans ma poésie, je construis mes recueils sur deux bases. La première, mes poèmes empruntent le même style. La seconde, chaque poème est indépendant ; mais l’ensemble du recueil raconte une histoire. En essayant de répondre à ta question, je me rends compte à quel point le besoin de rationalité est effrayant chez moi. L’AVC et ses conséquences avec lesquelles je dois vivre n’ont pas arrangé les choses. Par contre, dès que les règles empêchent la création plutôt que de la facilité, je les abandonne aisément.



- Le site Eternels Eclairs a deux parties clairement distinctes : l'une pour la poésie, l'autre pour la peinture. Tu as suggéré un peu plus tôt que la poésie pouvait être une forme de peinture, ou en tout cas qu'il existe un lien entre les deux. Quelle importance a la peinture pour toi, qui écris mais ne peins pas ?


Je crois que lorsque j’ai découvert la peinture sur le tard, cela a eu autant d’effet sur ma personne que lorsque j’ai lu Rimbaud pour la première fois, j’étais bouleversé. Au cours de ma rééducation à l’hôpital pour nous récompenser des efforts fournis, nous avions le droit à une sortie par semaine dans un lieu de Paris que nous pouvions choisir. J’ai toujours opté pour un musée où étaient exposés des tableaux. On a essayé de m’en dissuader pour varier les plaisirs, mais les accompagnateurs ont vite abandonné l’idée. Quand on obtient le sourire d’un patient qui ne sourit jamais, on ne prend pas le risque de le lui enlever. J’aime contempler un tableau, discuter peinture, parler de l’évolution de cet art qui porte la transgression en soi. C’est fascinant. Regarde aujourd’hui ce que le Street-Art révèle sur la société. J’éprouve cette rage qui habite le Manifestant de Banksy, ce lanceur de fleurs cagoulé. Savoir que Van Gogh a été ignoré de son vivant m’émeut au plus haut point. J’admire les variations de style de Picasso, ainsi que celle de Kandinsky. Comment est-ce possible d’explorer autant de chemins inconnus ? L’excentricité de Dali me fait rire. Et puisque toi aussi, tu es connaisseur, comment aurions-nous pu passer à côté de cela sur le site que nous avons créé. À l’époque, il n’y avait pas Google Arts. Il était de notre devoir de promouvoir cette culture.



- Tu dis que ton accident a bouleversé ton rapport à la vie, et ta foi. Tes poèmes me semblent pourtant neutres du point de vue religieux. Est-ce que la foi est une chose que tu gardes pour toi, ou bien est-ce qu'elle inspire d'une autre façon ton travail d'écriture ? Si c'est le cas, en quoi ta foi a été transformée par ton AVC ?


Au cours de ma vie j’ai été athée, j’ai même écrit un recueil à mes débuts qui s’intitule « confession athée ». Puis agnostique, il me semblait impossible de trancher le débat sur l'existence d'un dieu ou d'une divinité puisqu’il n'y a aucune preuve définitive sur le sujet. Et enfin, je suis devenu croyant. Alors que je n’avais plus de vocabulaire après mon AVC, j’ai écrit un texte sans ponctuation, au cours de ce que les médecins ont appelé une bouffée délirante. Ce texte, à mes yeux, est un chef d’œuvre, j’ai cru qu’il m’était dicté par Dieu. L’introduction de mon témoignage permet de mieux comprendre de quoi je parle, et la forme qu’il empruntait. Ils ne me l’ont jamais rendu. Cela m’a valu d’aller en psychiatrie. J’en suis sorti rapidement. Mais pas sans séquelles ! Le problème est que ma croyance n’est affiliée à aucune religion, chacune d’elles me semble responsable de trop de malheurs dans le monde. J’ai souffert de ma foi. Qu’est-ce que cela apporterait à autrui que de le savoir. La question qui subsiste en moi est : comment expliquer qu’un homme dont les tests médicaux prouvent qu’il n’a plus que 20 % du vocabulaire courant soit capable d’écrire ? C’est très mystérieux, et je dois vivre avec.



- Si tu devais donner envie à un lecteur de se plonger dans ton travail, quel point d'entrée recommanderais-tu ? Tu as peut-être un ou deux poèmes que tu aimes particulièrement et que tu pourrais partager ici ?


Si je devais donner envie à un lecteur de se plonger dans mon travail, c’est par « Leçon du maître » que je commencerais aujourd’hui.


Leçon du maître

S’armer de patience
Pour finir conquis
Par la paix intérieure.

Au chant des oiseaux
S’entraîner au paradis
À contempler des fleurs.

Elle fait fi des soucis
La sagesse de l’esprit
D’être fou de bonheur.


Ainsi, une fois le poème partagé, je pourrais avoir un échange avec le lecteur. Savoir ce qu’il recherche. S’il me répond qu’il est intéressé par la rime, alors je l’orienterais vers l’Efflorescence d’un adieu. Si en plus il n’est pas coutumier du fait, alors Jeu de poèmes avec tes dessins peut être sympa pour une approche. En revanche, s’il est ouvert à de nouvelles expériences de lecture et que la rime pour lui n’est pas indispensable, je l’orienterais sur En route vers l’horizon. Les poèmes y sont construits de manière identique mais le plus souvent sans rime. Sur le site, les statistiques prouvent que le temps passé par lecteur sur ce dernier recueil est moins important que sur l’Efflorescence d’un adieu, cela me fend le cœur. C’est de mon point de vue, dans ce recueil qu’il y a le plus d’intérêt. J’en suis vraiment très fier. Même si plus tard, peut-être, comme toujours, j’aurais envie de tout brûler. Et puis tu me connais, j’aime bien partager mes dernières œuvres, précédemment je t’ai parlé du concours de la RATP, voici le poème que j’ai envoyé :


Comme des épouvantails,
Les mendiants,
Ils font fuir les égoïstes,
Alors ils restent seuls.


Et sur le même thème mais avec le format utilisé dans En route vers l’horizon :


Un sourire qui interpelle

Un matelas dans la rue,
L’ignorance des passants,
Trop peu pour vivre.

Le vieux sans abri -
Même un épouvantail
Est mieux habillé.

Alors comment fait-il
Celui qui est sans-dent
Pour continuer à sourire ?


J’ai parfois ce besoin de militer à travers mes poèmes. La poésie est aussi faite pour réveiller les consciences.



- Quels sont tes projets pour le futur, dans quelle direction veux-tu emmener ton travail ?


En ce moment, j’écris de nouveaux poèmes dans la lignée de mon dernier recueil comme celui que je viens de partager « Un sourire qui interpelle ». Je veux asseoir le style d’En route vers l’horizon et explorer encore ce cheminement. Après, j’ai dans l’idée d’explorer le format de mon poème pour la RATP. Mais peut-être en sera-t-il différemment. Rien ne se passe jamais comme prévu. Enfin, j’ai aussi laissé de coté un travail plus romanesque ou de nouvelles peut-être, si j’ai le temps et le courage d’aller plus loin dans l’écriture ...



- Enfin, est-ce que les lecteurs du site te contactent parfois ? Qu'est-ce qu'ils te disent ? Et qu'est-ce que tu leur réponds ?


Oui, parfois mais assez rarement, ils m’écrivent ; et je réponds, sauf quand on me demande de donner mon avis sur un poème personnel, car je n’ai aucune légitimité pour cela. Il m’est arrivé de recevoir un ou deux reproches, mais la plupart du temps, ce sont des mots d’encouragement, sur la qualité du site, des choix faits pour les poèmes, les tableaux, ou tout simplement pour continuer à écrire. Je remercie ceux qui le font. Leurs attentions me touchent.








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