Mise en lumière avec rage
D’une violence démentielle
Entre les lignes de l’orage
Une sombre vérité se révèle :

Noir est le cœur des nuages
Pleurant des larmes du ciel
Lorsqu’ils vivent naufrage
Dans les courants éternels !

Stéphen Moysan



Éternels Éclairs
Poésie Peinture


Biographie de Vincent van Gogh (1853-1890)



Vincent van Gogh : Vincent Willem Van Gogh naît le 30 mars 1853 au presbytère parental de Groot-Zundert, village du Brabant septentrional (Pays-Bas). Il est, après la naissance d'un garçon mort-né du même prénom, un an auparavant jour pour jour, l'aîné des six enfants de Théodorus Van Gogh (1822-1885) et de sa femme Anna Cornelia Carbentus (1819-1907). Son père est pasteur de la communauté réformée des Pays-Bas, sa mère est fille d'un relieur de la Haye. En 1857, naît son frère Théodorus (dit Théo) ; c'est avec celui-ci qu'il sera le plus proche.

De 1861 à 1864, Vincent fait sa scolarité à l'école publique de Zundert . En 1864 il entre à la pension de Zevenbergen où il apprend le français, l'anglais, et l'allemand et s'exerce au dessin. De 1866 à 1868, il est inscrit à la pension de Tilburg. En 1868, il interrompt ses études et retourne à Groot-Zundert. Son départ pour La Haye se fait en 1869 où il entre comme commis à la succursale de la Galerie d'Art parisienne Goupil et Cie, fondée par son oncle Vincent. Il y vend, sous la direction de H. G. Tersteeg, des reproductions d'oeuvres d'art ; il lit beaucoup et visite des musées.

En 1871, son père est nommé pasteur à Helvoirt dans le Brabant où il s'installe avec sa famille. Vincent passe ses vacances chez ses parents en 1872 ; il rend visite à La Haye, à son frère Théo avec lequel il commence à correspondre. Sur recommandation de son oncle, il est envoyé en janvier 1873 à la succursale de la Galerie Goupil à Bruxelles, puis en mai à celle de Londres. Avant de s'embarquer pour l'Angleterre, il s'arrête à Paris, où impressionné, il visite le Louvre. À partir de juin, il travaillera pendant un an à Londres, à la Galerie Goupil. À cette époque au cours de ses promenades, il exécute ses premiers dessins qu'il détruit ensuite. Épris d'Ursula, la fille de sa logeuse, il est éconduit et traverse une crise de découragement. En novembre, son frère Théo est envoyé à la succursale de la Galerie Goupil à La Haye. En 1874, il passe des vacances auprès de ses parents à Helvoirt et leur confie sa désillusion sentimentale, cause de son abattement. Il retourne à la mi-juillet à Londres avec sa soeur Anna. Il vit seul, éprouve peu d'intérêt pour son travail, lit beaucoup, notamment des ouvrages religieux. D'octobre à décembre, grâce à son oncle, il est envoyé temporairement au siège de la maison Goupil à Paris où il espère qu'un changement d'atmosphère lui sera salutaire. À partir du mois de mai 1875, il sera définitivement à Paris, mais négligeant de plus en plus son travail, il mécontentera collègues et clients. Chaque jour il lit la Bible ; il visite les musées et les galeries d'art et s'enthousiasme pour Corot et les maîtres hollandais du XVIIIe siècle. En octobre, son père Théodorus est nommé à Etten, près de Breda. En décembre sans être réellement en congé, il passe les fêtes de Noël chez ses parents.

En avril 1876, il remet sa démission à la maison Goupil et se rend à Ramsgate près de Londres où il travaille en qualité d'aide-instituteur. Il y est logé et nourri. De juillet à décembre de la même année, il est toujours instituteur adjoint, à Isleworth, faubourg ouvrier aux abords de Londres. Puis il devient aide prédicateur et instituteur chez un pasteur méthodiste. En novembre, il prononce son premier sermon et souhaite consacrer sa vie à l'évangélisation des pauvres. Continuant de s'intéresser à la peinture, il visite les collections d'Hampton Court. À Noël, il se rend chez ses parents à Etten, alarmés par l'état de leur fils, ces derniers le persuadent de ne pas retourner à Londres.

De janvier à avril 1877, recommandé par son oncle, il travaille comme vendeur dans une librairie de Dordrecht. Il vit très seul, assiste fréquemment à des offices religieux et traduit des passages de la Bible en plusieurs langues ; il dessine aussi. Au mois de mai, convaincu de la vocation religieuse de Vincent, son père accepte de le laisser partir pour Amsterdam où il préparera les examens d'entrée à la faculté de théologie. Il habite chez son oncle Johannes qui dirige les chantiers navals de la ville. Il prend des leçons de latin, de grec et de mathématiques. Il lit beaucoup, visite des musées et dessine. Les études lui semblant particulièrement ardues, il finira par y renoncer. En juillet 1878, il retourne chez ses parents, puis se rend avec son père à Bruxelles, où il a l'intention, à partir du mois d'août, de suivre un cours de trois mois pour obtenir le titre de prédicateur laïque. En attendant il rentre à Etten. En août et en octobre, il fréquente l'école de Laeken près de Bruxelles mais jugé inapte au titre d'évangélisateur, il revient à Etten. En décembre de la même année, il tente de poursuivre sa vocation et arrive dans la région minière belge du Borinage à la frontière française. Il vit dans une extrême pauvreté, visitant les malades et lisant la Bible aux mineurs. De janvier à juillet 1879, il a la charge (pour six mois) d'évangélisateur laïque à Wasmes dans le Borinage. Il loge dans une baraque où il dort sur la paille. Il se sent profondément ébranlé face aux conditions de vie des mineurs pour lesquels il s'engage avec zèle. Ceci irrite ses supérieurs qui ne renouvellent pas son poste sous prétexte d'inaptitude à la prédication. En août, il va à pied à Bruxelles, afin de demander conseil auprès du pasteur Pieterson et lui montre les croquis qu'il a fait des mineurs du Borinage : Croquis de Femmes de mineurs portants des sacs. Puis il retourne auprès des mineurs de la région de Cuesmes où, sans être rétribué, il poursuit son apostolat à titre personnel et ce, jusqu'en juillet 1880. Bien que lui-même connaisse la plus grande misère, il secourt pauvres et malades. Il s'adonne à la lecture : Dickens, Hugo, Shakespeare, continue à dessiner et éprouve de plus en plus d'intérêt pour la peinture. Il traverse une période de crise profonde qui influencera sa vie future. Il interrompt pendant quelque temps la correspondance qu'il entretenait avec son frère Théo, ce dernier ne lui ayant pas donné raison quant au choix de sa vocation. À partir de juillet 1880, il reprend sa relation, épistolaire avec Théo. Celui-ci travaille à cette époque au siège de la maison Goupil à Paris et lui apporte son soutien financier. Vincent lui confie son état d'incertitude angoissante.

En août et septembre, encouragé par Théo, il dessine de nombreuses scènes de la vie des mineurs. Il copie également des oeuvres de Millet. En octobre, il s'inscrit à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles où il suit des cours de dessin d'anatomie et de perspective. Il admire Millet et Daumier. En novembre, il fait la connaissance du peintre hollandais Van Rappard avec lequel il se lie d'amitié. Il reste à Bruxelles jusqu'en avril 1881. Au printemps, il se rend à Etten pour s'entretenir avec Théo de ses projets artistiques. Il ne retourne pas à Bruxelles mais continue de dessiner des paysages. Il reçoit des visites de Van Rappard avec lequel il effectue des promenades.

En été, il tombe amoureux de sa cousine Kate Vos-Stricker (appelée Kee), veuve avec un enfant, en visite à Etten ; celle-ci le repousse et rentre plutôt que prévu à Amsterdam ; Vincent se rend à La Haye pour rendre visite au peintre Mauve pour lequel il a une grande admiration. En automne, il part pour Amsterdam, souhaitant épouser Kee mais celle-ci refuse de le recevoir. Afin de montrer sa détermination, il expose un moment sa main à la flamme d'une lampe, en présence des parents de la jeune femme. En novembre et décembre, il va voir Mauve à La Haye et peint pour la première fois des natures mortes à l'huile ainsi que des aquarelles. Ses relations avec ses parents se dégradent en raison de son insistance à l'égard de Kee et du caractère outrancier de ses opinions religieuses. À Noël, il se heurte violemment à son père et refuse l'argent que celui-ci lui offre et quitte Etten.

En janvier 1882, Vincent part pour La Haye et habite près de Mauve qui lui enseigne la peinture et lui prête aussi de l'argent. Chaque mois Théo lui envoie 100 à 200 florins. Il fait bientôt la connaissance de Clasina Maria Hoornik aussi appellée Sien, une prostituée alcoolique qui est enceinte. Il s'occupe d'elle et la fait travailler comme modèle. Croquis : Sorrow. En mars, il rompt avec Mauve mais cela n'altère pas l'admiration qu'il lui porte. Les relations qu'il entretient avec d'autres peintres sont également difficiles. Seul, Weissenbruch apprécie l'art de Vincent. Celui-ci dessine beaucoup d'après nature ; en dehors de Sien, il prend ses modèles parmi les pauvres gens. Son oncle Cornelis lui commande vingt dessins à la plumes représentant des vues de la ville. Ceci constitue son seul gain. En juin, il est soigné pour une blennorragie à l'hôpital municipal de La Haye où il reçoit la visite de son père et de Tersteeg. Malgré l'opposition de sa famille et de ses amis, il veut épouser Sien ; il la conduit à Leyde pour accoucher et chercher un nouveau logement pour la future famille.

En été, il se préoccupe des problèmes de la couleur en vue de la peinture à l'huile pour laquelle Théo l'aide à acquérir le matériel nécessaire. Il peint surtout des paysages. Son père est nommé pasteur à Nuenen et s'y installe avec sa famille. À partir de l'automne, il reste tout l'hiver et jusqu'en 1883 à La Haye. Il peint des paysages et dessine d'après nature. En hiver, il fait des portraits et des dessins de gens du peuples, de vieillards d'un hospice et de Sien avec son nouveau-né. Il fait la connaissance du peintre Weele en compagnie duquel il peindra au printemps, dans les dunes. Il s'occupe aussi de techniques lithographiques. Il poursuit ses nombreuses lectures, et s'intéresse également aux revues Harper's Weekly et The Graphic.

De septembre à novembre 1883, après en avoir parlé à Théo, il prend la décision douloureuse de se séparer de Sien avec laquelle il a vécu un an. Il va vivre seul dans la province de la Drenthe, dans le nord. Il se rend en bateau à Nieuw-Amsterdam d'où il fait de longues randonnées. Le paysage de sombre tourbières l'impressionne tout comme avant lui, Lieberman et ses amis Mauve, Van Rappard et Weele. Il peint et dessine les paysans de la régions dans leur dur labeur. Il visite le vieux village de Zweeloo, où Lieberman vécut longtemps.

En décembre, il s'installe à Nuenen, où ses parents habitent et y reste jusqu'en novembre 1885. Pendant ces deux années, il peint quelque deux cents toiles aux tonalités sombres et terreuses. Il lit les romans de Zola mais aussi des écrits sur l'art de Delacroix et de Fromentin et il est convaincu de l'existence de rapports étroits entre la couleur et la musique (Wagner) ; il prend des leçons de chant et de piano. Ses parents veulent l'aider et acceptent de le voir se vêtir et se comporter de manière excentrique. Ils l'autorisent à installer un atelier dans la dépendance du presbytère.

En mai 1884, il transfert son atelier chez le sacristain catholique. Il y reçoit la visite de Van Rappard. En août, sa brève liaison avec Margot Begemann, une voisine, est contrecarrée par leurs familles respectives. Margot fait une tentative de suicide. En août et septembre, il peint six tableaux décoratifs pour la salle à manger de l'orfèvre Hermans à Eindhoven. En octobre, Van Rappard séjourne à Nuenen. D'octobre à novembre, il donne des leçons de peinture à quelques amateurs de Eindhoven ; ensemble ils se promènent et visitent les musées. À partir de décembre et pendant l'hiver, il exécute des études de portraits après avoir mis au premier plan des paysans, des tisserands au travail : Tisserand devant son métier (mai 1884) et des paysages.

Son père, Théodorus, meurt subitement d'une apoplexie, le 26 mars 1885. Vincent en est très affligé. Après une vive discussion avec sa soeur Anna, il s'installe dans son atelier chez le sacristain. En avril et mai, il peint Les mangeurs de pommes de terre qui sera l'oeuvre la plus représentative de la période hollandaise. Il envoie une lithographie d'une version précédente à Van Rappard qui la critique vivement ; ce sera la fin de leur amitié.

En septembre, une jeune paysanne qui avait posé pour Vincent étant enceinte, le curé catholique interdit désormais aux habitants du village de servir de modèle à l'artiste. Celui-ci peint des natures mortes avec des pommes de terre et des nids d'oiseaux. En octobre, il part avec son ami Kerssemakers d'Eindhoven pour Amsterdam et visite le Rijksmuseum où il est impressionné par les tableaux de Rembrandt et de Hals. En novembre, il se rend à Anvers, où il reste jusqu'en février 1886. Il essaie d'entrer en contact avec des artistes et veut vendre quelques toiles. Visitant les musées, il s'intéresse surtout à Rubens. Lors de ses promenades à travers la ville, il découvre des estampes japonaises et les achète. En janvier 1886, il s'inscrit à l'école des Beaux-Arts où il fréquente les cours de peinture et de dessin, mais son intolérance face au conformisme académique engendre bientôt des différents. Il participe tout de même au concours d'accession aux classes supérieures. En février, à la suite d'une mauvaise alimentation, de l'excès de travail et de l'abus de tabac, il est malade pendant un mois.
Seule la connaissance du milieu artistique parisien pouvait véritablement permettre à Van Gogh de renouveler et d'enrichir sa vision, ce qui motive son installation à Paris en 1886. Cette année là est celle de la dernière exposition impressionniste, et en 1887 devait avoir lieu la première rétrospective de l’œuvre de Millet. Il s'installe à proximité de son frère Théo qui dirige la succursale parisienne de Goupil depuis 1880.

Au début du mois de mars 1886, Vincent rejoignit son frère à Paris avec l'envie de s'informer sur les nouveautés de la peinture impressionniste. Il y devient également l'amant d'Agostina Segatori, tenancière du cabaret Le Tambourin, boulevard de Clichy. Paris se préparait alors à accueillir de passionnantes expositions : en plus du Salon, où étaient exposées les œuvres de Puvis de Chavannes, l'artiste hollandais put visiter les salles de la cinquième Exposition internationale à la galerie Georges Petit, qui présentait des toiles d'Auguste Renoir et de Claude Monet. Ces derniers n'avaient pas souhaité participer à la huitième et dernière Exposition des impressionnistes qui offrait le spectacle d'un groupe déchiré entre les défections et les nouvelles arrivées et ouvrait ses portes à la nouveauté du moment, le néo-impressionnisme, avec la toile monumentale de Georges Pierre Seurat, Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte.

À Paris dans les années 1886-1887, il fréquente un moment l’académie du peintre Cormon, où il fait la connaissance de Henri de Toulouse-Lautrec, de Louis Anquetin, d’Émile Bernard ainsi que de John Peter Russell. Ce dernier réalise son portrait, à présent exposé au Van Gogh Museum d'Amsterdam. Il rencontre également, par l’intermédiaire de son frère, presque tous les impressionnistes, en particulier Georges Seurat et Camille Pissarro, ainsi que Paul Gauguin. Dans la boutique du Père Tanguy, il devient l'ami de Paul Signac. Sous l’influence des estampes japonaises, ses compositions acquièrent peu à peu davantage de liberté et d’aisance, tandis qu’il s’essaie à la technique de l’aplat coloré. Pissarro l’initie également aux théories nouvelles sur la lumière et au traitement divisionniste des tons. La palette de l'artiste s’enrichit alors de couleurs vives et sa touche s’anime et se fragmente, ceci grâce également à Signac avec qui il travaille en 1887.

Exalté par la ferveur du climat artistique parisien, Van Gogh brûla les étapes de son renouvellement artistique grâce à la fréquentation des peintres les plus anticonformistes du moment : il s'essaya au néo-impressionnisme auprès de Signac et Pissarro, enquêta sur les profondeurs psychologiques du portrait avec son ami Toulouse-Lautrec, fut précocement informé de la synthèse du cloisonnisme par ses compagnons Louis Anquetin et Émile Bernard, put apprécier les toiles exotiques réalisées par Gauguin en Martinique. Régénéré par ce bain dans les sources de la modernité, l'artiste hollandais était prêt à réaliser son rêve méditerranéen, à la recherche de la lumière aveuglante de la Provence, qui ferait resplendir les couleurs pures de la nature, étudiées jusque-là dans sa collection d'estampes japonaises. C'est une période très fertile où son art s'oriente vers l'impressionnisme mais l'absinthe et la fatigue aggravent son état mental.

1888-1889 : Van Gogh commence à prendre ses distances vis-à-vis de l'impressionnisme, trop allusif à son goût, pour retrouver l’unité structurelle de l’image et se concentrer sur l'expression et le symbolisme de la forme et de la couleur. Le prochain mariage de son frère Théo, qu'il ressent comme un abandon, semble toutefois être également une des raisons profondes qui décident Van Gogh à quitter Paris. Il suit en cela les conseils de Toulouse-Lautrec qui lui parle de la luminosité des paysages méridionaux. Le 20 février 1888, il s'installe à Arles initialement dans la vieille ville à l'intérieur des remparts à l'hôtel-restaurant Carrel au 30 rue de la Cavalerie, avec comme compagnon le peintre danois Christian Mourier-Petersen, puis en mai 1888, au nord de la place Lamartine, dans la Maison Jaune.

Bien qu'il arrive dans la cité avec un temps de neige, une nouvelle page de son œuvre s'ouvre avec la découverte de la lumière provençale. Dès le 22 février 1888, il débute sa production arlésienne ; il parcourt à pied la région et peint des paysages, des scènes de moissons et des portraits. Trois de ses premiers tableaux sont présentés à l'exposition annuelle de la Société des artistes indépendants. En avril, Vincent rencontre le peintre américain Dodge MacKnight, qui habite Fontvieille, un petit village au nord-est d'Arles.

Au début du mois de juin 1888, ayant reçu un billet de cent francs de son frère Théodore, il se rend en diligence aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour un court séjour de cinq jours. Il y peint la fameuse barque Amitié et le village regroupé autour de l'église forteresse.

À Arles, des idées plus anciennes sur l'art et la peinture réapparaissent, comme faire des séries de tableaux sur des thèmes similaires. Au printemps 1888, il réalise ainsi une série sur les vergers fleurissants dans des triptyques, ainsi qu'une série de portraits comme ceux de la famille Roulin. La première série des tournesols date aussi de cette époque. Enfin, lorsqu'il prépare la venue de Gauguin, il commence à travailler sur la décoration de la Maison Jaune, probablement l'effort le plus ambitieux qu'il ait jamais entrepris.

Vincent qui habite la « maison jaune », rêve en effet d'une communauté d'artistes unissant fraternellement leurs expériences et leurs recherches : Paul Gauguin vient le rejoindre dans ce but le 23 octobre 1888 et ils commencent à travailler ensemble comme par exemple sur la série de tableaux consacrés aux Alyscamps. Mais les deux hommes s'entendent mal : la tension et l’exaltation permanentes qu’impliquent leur démarche créatrice et une telle urgence de peindre débouchent sur une crise : le 24 décembre 1888, à la suite d'une dispute plus violente que les autres, Van Gogh, en proie au délire tente de tuer son compagnon, puis, pour s’auto-punir, se coupe le lobe de l'oreille gauche avant d'aller l'offrir à une prostituée. Il est soigné par le docteur Rey dont il peint le portrait. En mars 1889, après une période de répit pendant laquelle il peint entre autres l’Autoportrait à l'oreille bandée (janvier 1889), une pétition des habitants d’Arles entraîne son internement à l’Hôtel-Dieu.

Pendant son séjour à Arles, le lien de Van Gogh avec l'univers artistique parisien fut maintenu notamment grâce à l'abondante correspondance qu'il échangea avec son frère Théo. Malgré l'échec de son projet d'établir un atelier dans la petite ville du sud, Van Gogh ne renonça pas au dialogue avec ses amis Émile Bernard et Gauguin. Ce dernier, après son séjour malheureux à Arles, accompagna à travers ses lettres la vie du peintre hollandais jusqu'à la fin.

Le 8 mai 1889, hanté par l’idée du suicide mais pleinement conscient du mal qui le ronge, il quitte Arles, ayant décidé de lui-même d'entrer dans un asile près de Saint-Rémy-de-Provence (l'hôpital psychiatrique du monastère Saint-Paul-de-Mausole) où il va rester pendant une année. Son état, variant de la dépression profonde aux phases de rémission et d’activité intense, entraînent de nouvelles modifications de son style : le graphisme et la touche dont les traits discontinus et sinueux donnent aux champs de blé, aux oliviers et à la voûte céleste des Alpilles et des Baux-de-Provence les mouvements mêmes de sa pathologie. Un des premiers tableaux de cette époque est le fameux Iris. Les peintures de de cette période sont souvent caractérisées par des remous et des spirales. À diverses périodes de sa vie, Van Gogh a également peint ce qu'il voyait de sa fenêtre, notamment à la fin de sa vie avec une grande série de peintures de champs de blé qu'il pouvait admirer de la chambre qu'il occupait à l'asile de Saint-Rémy.

Van Gogh commence également à sortir de l'anonymat. En janvier 1890, un article d’Albert Aurier dans le Mercure de France souligne pour la première fois l’importance de ses recherches. Un mois plus tard, le peintre Anna Boch acquiert l’un de ses tableaux, La vigne rouge, exposé au Salon des XX à Bruxelles, pour la somme de quatre cents francs.

En mai 1890, l'artiste quitte Saint-Rémy-de-Provence et rejoint son frère Théo à Paris, qui l'installe à Auvers-sur-Oise dans la modeste auberge Ravoux, où il loue une petite chambre d'une grande sobriété, sous la surveillance du docteur Paul Gachet, ami de Paul Cézanne et des peintres impressionnistes, et lui-même peintre amateur.

Auvers, modeste commune rurale du Vexin français, située à trente kilomètres au nord de Paris, était déjà connue dans le milieu des peintres, initialement par les paysagistes de l'école de Barbizon puis par les impressionnistes. À Auvers réside le docteur Paul Gachet. Ami de Charles-François Daubigny et de Jean-Baptiste Corot, il accueille jusqu'à la fin de sa vie les artistes dans sa maison, dont Paul Cézanne ou Camille Pissarro, qui vient lui rendre visite en voisin, de sa maison de Pontoise. Grand collectionneur d'art, le docteur Gachet demeure un acteur incontournable de l'histoire de l'art de la fin du XIXe siècle.

Le mardi 20 mai 1890 à onze heures du matin, le docteur Gachet reçoit un peintre alors inconnu du public, recommandé par son frère : Vincent Van Gogh. Celui-ci est au sommet de sa maîtrise artistique. Vincent va alors décrire dans ses œuvres la vie de cette petite commune, sa vie paysanne, son architecture. D'une grande force expressive, sa palette s'assombrit néanmoins peu à peu exprimant le mal de vivre qui le tourmente, sa vie étant « attaquée à la racine même ». Sa touche demeure mouvementée et fébrile, mais ses coloris acquiert, sous la lumière d’Île-de-France, un regain de vivacité et de fraîcheur.

Grâce au soins du docteur Gachet, l'activité artistique de Van Gogh est intense. Il produit pendant deux mois plus de soixante-dix tableaux. Cependant, le répit est de courte durée : lorsque Théo lui fait part de son désir de retourner en Hollande, Vincent se sent de nouveau abandonné.

Le 27 juillet 1890, dans un champ où il peint une ultime toile, il se tire un coup de revolver dans la poitrine. Ramené mourant à l'auberge Ravoux, il meurt deux jours plus tard, soutenu par son frère Théo et toujours inconnu du grand public.


Octave Mirbeau


* Biographie parue dans l'Écho de Paris. Présentée par Stéphen Moysan.



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sur les Éternels Éclairs.