Mise en lumière avec rage
D’une violence démentielle
Entre les lignes de l’orage
Une sombre vérité se révèle :

Noir est le cœur des nuages
Pleurant des larmes du ciel
Lorsqu’ils vivent naufrage
Dans les courants éternels !

Stéphen Moysan



Éternels Éclairs
Poésie Peinture


Biographie de Camille Pissarro (1830-1903)




Camille Pissarro - Le résumé de sa vie



Camille Pissarro verra le jour à Saint-Thomas, colonie française des Antilles, le 10 juillet 1830 d'un père Abraham juif français d'origine portugaise, commerçant en quincaillerie, et d'une mère créole des Antilles danoises du nom de Rachel Manzano-Pomie. L'enfant séjournera dans un pensionnat de Passy entre 1841 et 1848, puis reviendra dans son île natale. Un peintre danois, Frits Melbye, qui appréciera le talent du jeune Camille l'incitera à le suivre au Vénézuela. Pissarro, qui visitera l'Exposition Universelle de Paris en 1885, découvrira à cette occasion les toiles de Corot auquel il se sentira idéalement attaché. Il exposera un Paysage de Montmorency, au Salon de 1859, et se liera d'amitié avec Claude Monet à l'Académie Suisse. Non sélectionné pour la première fois en 1863 par le jury du Salon, Pissarro exposera à celui des Refusés que Napoléon III acceptera d'ouvrir à côté du Palais de l'Industrie sous la pression de l'opinion publique. Il travaillera à Pontoise, rencontrera le docteur Gachet, puis s'installera à Louveciennes tout en travaillant à Montmartre.

Au cours de la guerre de 1870, Pissarro se réfugiera à Londres auprès de Monet, après un bref séjour en Bretagne, en compagnie de sa maîtresse (Julie Vellay) et de ses enfants . Il laissera derrière lui tous ses tableaux ainsi que ceux que Monet lui avait laissé en dépôt. Elles serviront aux Prussiens de planches à débiter la viande. Sur les bords de la Tamise, Pissarro découvrira le travail de John Constable, Joseph M.W. Turner et de Richard Bonington.

De retour à Pontoise où il restera pendant dix ans, Pissarro s'acharnera au travail pour entretenir sa famille et payer ses dettes. Ami d'Armand Guillemain et de Paul Cézanne, qui réside à Auvers-sur-Oise, il s'inscrit à la "Société anonyme coopérative des artistes, peintres, sculpteurs, graveurs" en 1874 et exposera à la première exposition des Impressionnistes dans une salle prêtée par le photographe Nadar - boulevard des Capucines - en présentant cinq tableaux.

La critique ne reconnaîtra le talent de Pissarro qu'à la fin des années 1870, qui répondra aux attentes du public en se consacrant davantage à la décoration. Ses moyens financiers lui permettront d'acheter une maison à Eragny. Le peintre se rapprochera momentanément de l'expérience pointilliste de Georges Seurat et Paul Signac.

La production de Pissarro, réduite jusqu'en 1890, deviendra plus abondante alors que les difficultés financières ressurgissent et que la santé vacille. Une maladie des yeux empêche Pissarro de travailler en plein air. Celui-ci peindra des paysages urbains de la fenêtre de son appartement ou de chambres d'hôtel de Paris, Rouen, Dieppe et Le Havre. Puis partira à Eragny où il passe ses dernières années, jusqu'à son décès à Paris en novembre 1903.


Camille Pissarro - Regard sur l'Oeuvre



Camille Pissarro : Peintre impressionniste puis néo-impressionniste français, né à Saint-Thomas (Îles Vierges) 10 juillet 1830 et mort à Paris le 13 novembre 1903. Connu comme l'un des « pères de l'impressionnisme », il a peint la vie rurale française, en particulier des paysages et des scènes représentant des paysans travaillant dans les champs, mais il est célèbre aussi pour ses scènes de Montmartre. À Paris, il eut entre autres pour élèves Paul Cézanne, Paul Gauguin, Jean Peské, Henri-Martin Lamotte ...

M. Camille Pissarro a été un révolutionnaire par les renouvellements ouvriers dont il a doté la peinture, en même temps qu'il est demeuré un pur classique par son goût des hautes généralisations, son amour fervent de la nature, son respect des traditions respectables. La Beauté est immuable et éternelle comme la Matière dont elle est la forme revivante en nous et synthétisée ; seuls changent et progressent, suivant le temps, les modes de l'exprimer. M. Pissarro a voulu adapter à la technique de son art les applications correspondantes de la science, en particulier les théories de Chevreul, les découvertes de Helmholtz sur la vie des couleurs. Il a donc introduit dans l'art des éléments novateurs qui ont rendu possibles la conquête pittoresque de certains phénomènes atmosphériques jusqu'alors inexprimés, une plus intime et plus profonde pénétration de la nature. Par conséquent il a élargi le domaine du rêve, ayant été un des premiers - le premier peut-être, - à comprendre et à innover ce grand fait de la peinture contemporaine : la lumière. Voilà son crime. Il n'en est pas encore lavé aujourd'hui.

Le paysage - et la figure n'est-elle pas aussi un paysage ? - tel que l'a conçu et rendu M. Camille Pissarro, c'est-à-dire l'enveloppement des formes dans la lumière, c'est-à-dire l'expression plastique de la lumière sur les objets qu'elle baigne et dans les espaces qu'elle remplit, est donc d'invention toute moderne. Deviné vaguement par Delacroix, davantage senti par Corot, tenté par Turner en des impressions d'une barbare et superbe beauté, il n'est réellement entré dans l'art à l'état de réalisation complète qu'avec MM. Camille Pissarro et Claude Monet. Quoi qu'on dise et ergote, c'est d'eux que date, pour les peintres, cette révolution dans l'art de peindre, pour le public intelligent, - mais existe-t-il un tel public ? cette révolution dans l'art de voir.

Combien diffèrent de ces crépissages épais où l'aile des oiseaux s'enlise, les ciels de M. Camille Pissarro ; ces ciels mouvants, profonds ; respirables, où les ondes lumineuses vibrent véritablement, où toutes les voix de l'air se répercutent à l'infini ! Et ces formes. charmantes, légères, si doucement voilées, et pourtant si noblement caractéristiques, ces formes faites de reflets qui passent et qui tremblent et qui caressent ! Et cette terre, rose dans la verdure poudroyante, cette terre qui vit ainsi, qui respire, où sous la lumière fluidique qui la baigne, sous l'ombre - lumière à peine atténuée - dont elle se rafraîchit, se voient, se sentent, s'entendent les organes de vie, l'ossature formidable, la vascularité qui charrie les sèves et les énergies de l'universel amour ! ... Et ces horizons si empreints de la mélancolie des distances, ces lointains éthérisés qui semblent le seuil de l'infini !

Oh ! je le sais. On a dit de M. Camille Pissarro, comme de M. Claude Monet, qu'ils ne rendaient que les aspects sommaires de la nature et que cela n'était vraiment pas suffisant. Le reproche est plaisant, qui s'adresse aux hommes lesquels précisément ont poussé plus loin la recherche de l'expression, non seulement dans le domaine du visible, mais dans le domaine impalpable, ce que n'avait fait, avant eux, aucun artiste européen. Si l'on compare les accords de ton d'un peintre aux phrases d'un écrivain, les tableaux aux livres, on peut affirmer que nul n'exprima tant d'idées, avec une plus abondante richesse de vocables, que M. Camille Pissarro ; que personne n'analysa avec plus d'intelligence et de pénétration le caractère des choses et ce qui se cache sous la vivante apparence des figures. Et la puissance de son art est telle, l'équilibre en est si harmonieusement combiné, que de cette minutieuse analyse ; de ces innombrables détails juxtaposés et fondus l'un dans l'autre, il ne reste pour l'étonnement de l'esprit qu'une synthèse : synthèse des expressions plastiques et des expressions intellectuelles ; c'est-à-dire la forme la plus haute et la plus parfaite de l'œuvre d'art. »

Octave Mirbeau


* Regard sur l'Oeuvre, paru dans "Des artistes", Flammarion, 1922-1924, Paris. Présentée par Stéphen Moysan.



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la biographie de Camille Pissarro
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