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Edvard Munch :
Peintre norvégien, Edvard Munch peut être considéré comme le pionnier de l'expressionnisme
dans la peinture moderne. Il est très tôt réputé pour son appartenance à une nouvelle époque
artistique en Allemagne et en Europe centrale, et son œuvre et son importance sont aujourd'hui
reconnues dans le monde. Les œuvres de Munch les plus célèbres sont celles des années 1890,
notamment Le Cri. Sa production ultérieure attire toutefois de plus en plus l'attention
et semble inspirer tout spécialement les artistes actuels.
Sa jeunesse
Edvard Munch est né le 12 décembre 1863 à Loten. Il grandit dans la capitale norvégienne, qui
s'appelait Christiania à l'époque. Son père, Christian Munch (frère de l'historien Peter Andreas Munch)
est un médecin militaire profondément religieux, aux revenus modestes. Sa mère meurt de tuberculose
alors qu'Edvard n'a que cinq ans. Celui-ci est aussi de faible constitution, mais c'est sa sœur aînée
Sophie qui est la victime suivante de la phtisie (une des formes de la tuberculose). Une plus jeune sœur
est rapidement diagnostiquée comme souffrant de « mélancolie » (aujourd'hui dépression). Des cinq enfants
seul son frère Andréas se marie, mais il meurt quelques mois après son mariage. Munch revient le plus
souvent aux impressions de maladie, de mort et de tristesse.
Munch étudie une année à l'école technique avant de se consacrer très sérieusement à l'art. Il étudie
les anciens maîtres, suit le cours de dessin de nu à l'école royale et obtient pendant un temps
la correction du plus grand naturaliste norvégien de l'époque, Christian Krohg. Ses premières œuvres
sont imprégnées d'un réalisme inspiré du réalisme français, et rapidement il se révèle comme un grand
talent.
En 1885, Munch effectue un court séjour à Paris. Cette même année il commence son travail sur un tableau
décisif l'Enfant malade. Pour Munch, il s'agit de sa sœur Sophie. Il travaille longtemps
sur ce tableau, à la recherche d'une première impression et d'une expression picturale satisfaisante
pour transcrire une expérience personnelle douloureuse. Il renonce à l'espace et à la forme plastique
et opte pour une composition rappelant une icône. La surface du tableau montre les signes d'un processus
créatif difficile. La critique est très négative.
Les œuvres principales des années suivantes sont moins provocantes par leur forme. Inger à la plage
en 1889 montre l'aptitude de Munch à la représentation d'atmosphère lyrique, dans la même veine que
le néoromantisme de l'époque. Il peint ce tableau à Åsgårdstrand. Le littoral très sinueux,
caractéristique de cette région, se retrouve comme leitmotiv significatif dans nombre de ses
compositions.
Hans Jæger et séjour en France
En 1889, il peint notamment le portrait de l'auteur norvégien du roman Scènes de la Bohème de Christiania,
Hans Jæger. La fréquentation dans la deuxième moitié des années 1880 de Jæger et de son cercle d'anarchistes
radicaux marque un tournant décisif dans la vie de Munch et est la source d'une mutation et d'un conflit
interne. C'est à cette époque que commence sa vaste production biographique-littéraire, qu'il reprendra
à plusieurs moments de son existence. Ces premiers dessins fonctionnent comme des « consultations »
des différentes motivations centrales des années 1890. En accord avec les idées de Jæger, il veut
retranscrire par une capture la plus proche et la plus fidèle possible les affres et les ennuis
de la vie moderne : il veut « peindre sa propre vie ».
À l'automne 1889, Munch a droit à une grande exposition de ses œuvres à Christiana, où l'État lui
accorde une bourse d'artiste pour trois ans. Paris, où il devient pour un moment l'élève de Léon Bonnat,
est une destination logique. Mais l'impulsion la plus importante, il la ressent en s'orientant dans la vie
artistique de la ville. C'est à cette époque que perce un mouvement post-impressionniste avec plusieurs
expériences anti-naturalistes. Cela a pour effet de libérer Munch. « L'appareil photo ne peut pas
concurrencer le pinceau et la palette, » écrit-il, « tant que l'on ne peut pas l'utiliser au Paradis
ou en Enfer. »
Peu après son arrivée à Paris, Munch reçoit la nouvelle de la mort de son père. C'est dans ce contexte
que l'on interprète souvent la solitude et la mélancolie de son tableau Nuit (1890).
L'intérieur sombre avec la seule figure à la fenêtre est totalement dominée par les tons bleus,
une peinture « ton sur ton » qui rappelle les accords de couleur nocturnes de James McNeill Whistler.
Cette œuvre moderne et unique est aussi une expression de la « décadence » des dernières années
du XIXe siècle. Lors de son exposition à Christiana en 1891, Munch montre entre autres de la mélancolie.
Dans ses tableaux dominent les grandes lignes courbes et les zones de couleurs homogènes,
une simplification et une stylisation utilisée par Paul Gauguin et les synthétistes français.
« Symbolisme - la nature a été formée dans une ambiance morale » écrit Munch.
À cette époque il réalise les premières esquisses de son œuvre la plus connue, Le Cri.
Il peint également une série de tableaux dans un style impressionniste et pointilliste, avec des motifs
de la Seine ou de Christiana. Mais ce qui intéresse surtout Munch, ce sont les impressions de l'âme et
non celles des yeux.
Passage par l'Allemagne
À l'automne 1892 Munch présente les fruits de son séjour français. À la suite de cette exposition il est
invité par le « club d'art de Berlin » (Berliner Kunstverein), où ces mêmes œuvres doivent être exposées.
Mais cela finit par un cauchemardesque « succès de scandale ». Le public et les vieux peintres comprennent
Munch comme une provocation anarchiste, et l'exposition est fermée à cause de la protestation.
Munch s'est ainsi fait un nom à Berlin lorsqu'il se décide à y rester. Il entre dans un cercle
de littéraires, d'artistes et d'intellectuels où les scandinaves sont fortement représentés.
On y retrouve entre autres le dramaturge suédois August Strindberg, le sculpteur norvégien
Gustav Vigeland, le poète polonais Stanisław Przybyszewski, l'écrivain danois Holger Drachmann
et l'historien de l'art allemand Julius Meier-Gräfe. On y discute de la philosophie de Nietzsche
ainsi que d'occultisme, de psychologie et des côtés sombres de la sexualité.
En décembre 1893, exposant sur l'avenue Unter den Linden, il présente entre autres six peintures
sous le titre Étude en une série : l'Amour. Cela marque le début de ce qui deviendra
le cycle La Frise de la Vie, « un poème sur la Vie, l'Amour, la Mort ». On y retrouve
des motifs saturés d'ambiance, comme La tempête, Clair de lune et Nuit étoilée,
où l'on peut sentir l'influence du germano-suisse Arnold Böcklin. D'autres motifs éclairent
le côté nocturne de l'amour, comme Rose et Amélie et Vampire. Plusieurs tableaux
ont la mort comme thème, et le plus marquant est La mort dans la chambre de la malade.
Dans cette composition se remarquent notamment les dettes de Munch envers les synthétistes et
les symbolistes français. Avec ses couleurs crues et blafardes, le tableau montre une scène
fortement figée, comparable au tableau final d'une pièce d'Ibsen. La scène rappelle la mort
de sa sœur Sophie, et toute la famille est représentée. La mourante, assise dans un fauteuil,
est représentée de dos, mais attire le regard sur le personnage qui représente Munch lui-même.
L'année suivante, la frise continue avec des tableaux comme La peur, Cendres, Madone, Sphinx
ou Les trois âges de la femme, un tableau monumental totalement dans l'esprit du symbolisme.
En commun avec Meier-Gräfe, entre autres, Przybyszewski réalise en 1894 la première publication
sur l'œuvre de Munch. Il la décrit comme « réalisme psychique ».
Retour en France
En 1896, Munch abandonne Berlin pour Paris, où séjournent notamment August Strindberg et Meier-Gräfe.
Il se concentre de plus en plus sur les moyens graphiques, aux dépens de la peinture. À Berlin, il avait
commencé avec la gravure à l'eau forte et la lithographie ; il réalise maintenant en collaboration avec
le célèbre imprimeur Auguste Clot des lithographies en couleurs et sa première gravure sur bois.
Il prévoit aussi la production d'une frise sous le nom Le miroir. Sa maitrise souveraine
des moyens graphiques et sa grande originalité artistique font qu'il est aujourd'hui reconnu comme
un classique des arts graphiques.
Il réalise deux affiches de programmes pour des pièces d'Ibsen au théâtre de l'Œuvre tandis que
l'illustration des Fleurs du Mal de Baudelaire reste inachevée.
La Belle Époque
À la Belle Époque, Munch essaie de finir sa frise. Il peint une série de nouveaux tableaux,
certains dans des formats plus grands, partiellement empreints de l'esthétique du JugendStil.
Pour le grand tableau Métabolisme, il réalise un cadre en bois avec des reliefs sculptés.
Il reçoit d'abord le nom de Adam et Ève et occupe la place centrale du mythe du péché
originel dans la philosophie pessimiste de l'amour de Munch. Des œuvres comme La croix vide
ou Golgotha (tous les deux de 1900) reflètent une orientation métaphysique de l'époque et
sont également un écho de la jeunesse de Munch dans un milieu de piété.
Une relation amoureuse épuisante à cette époque conforte Munch dans le fait de vivre l'art comme
une vocation. La Belle Époque est une phase ininterrompue d'expériences. Un style décoratif et vif
se manifeste, influencé par l'art des Nabis, notamment de Maurice Denis. Déjà en 1899, Munch peint
La danse de la vie, tableau qui peut être résumé comme une « monumentalisation » personnelle
et audacieuse de ce style décoratif. Une série de paysages du fjord de Christiana, études délicates
et décoratives de la nature, sont considérées comme le paroxysme du symbolisme nordique. Il peint
Les filles sur le pont, tableau classique chargé d'émotions, pendant l'été 1901 à Åsgårdstrand.
Succès et crise
Au début du XXe siècle, Munch était en position de construire une véritable carrière. En 1902,
il présente à l'exposition de Sécession à Berlin pour la première fois la frise dans son intégralité.
Une exposition de Munch à Prague influence de nombreux artistes tchèques. Les portraits, souvent en pied,
prennent une place de plus en plus importante dans son œuvre. Le portrait de groupe Les Quatre Fils
du docteur Max Linde (1904) compte parmi les plus grands chefs-d'œuvre du portrait moderne.
Durant sa vieillesse, il a des problèmes oculaires (hémorragie du vitré) avec la vision de corps flottants
importants qu'il a représentés dans certains de ses tableaux. Dans les années 1930 et 1940, les nazis
jugent son œuvre « art dégénéré » et retirent ses tableaux des musées allemands. Munch est profondément
remué par cette situation, lui qui est antifasciste et qui considérait l'Allemagne comme une seconde patrie.
Il décède à Ekely, près d'Oslo en Norvège le 23 janvier 1944, un mois après ses 80 ans. Il lègue environ
un millier de tableaux, 4 500 dessins et aquarelles et six sculptures à la ville d'Oslo, qui construit
en son honneur le Musée Munch.
* Bibliographie Wikipédia. Présentée par
Stéphen Moysan.