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Léonard de Vinci :
Peintre italien né en 1452 à Vinci, bourgade perdue dans les plis et replis que
forment les monts Albano. Son père, notaire, fils de notaire, était ser Piero ;
sa mère, une belle paysanne du nom de Catarina. Sa naissance mit fin à l'idylle.
Léonard fut élevé chez son père et de bonne heure
montra les plus rares aptitudes. En 1470, il intégre l'atelier de Verrocchio.
On raconte que, chargé par son maître de peindre le visage d'un ange,
celui-ci réussit si bien la commande, que la figure qu'il avait peinte attira
tous les regards et se détacha de l'œuvre au lieu de s'y confondre. On a pu
soutenir que Verocchio lui-même avait subi l'influence de son élève.
Nous ne savons presque rien des premières œuvres de Léonard de Vinci.
Le carton de la Chute (d'après lequel on devait exécuter en Flandre
une tapisserie pour le roi du Portugal), le dragon molto orribile e spaventoso
peint sur la rondache (bouclier en bois de figuier), la Tête de Méduse, ne sont
connus que par les descriptions de Vasari. Mais ces descriptions suffisent
à nous montrer que déjà il cherche ce que toute sa vie il s'efforcera d'atteindre
à force de justesse et de précision dans l'imitation, il veut égaler la nature,
parler avec autant de relief le langage des lignes, des formes et des couleurs,
mais pour exprimer par ce langage sa propre émotion et pour la transmettre aux hommes.
Il est à cette heure ce qu'il restera, le réaliste incomparable qui fixe sur les choses
l'œil le plus clairvoyant et rencontre l'idéal sans effort, en continuant le réel,
en reliant ses créations à celles de la nature. On s'accorde généralement à voir
l'une de ses premières œuvres dans la petite Annonciation du Louvre, d'une intimité charmante.
Sur un des ses feuillets manuscrits, on lit : « ... bre 1478 incominciai le due Virgine Marie ».
Quelles sont ces deux vierges ? Nous l'ignorons. Cependant des dessins qui nous restent nous pouvons
conclure que déjà Léonard a dû dégager de la légende de la Vierge ces scènes d'une grâce familière
où le sentiment religieux ne se distingue plus de la délicatesse et de l'élévation
des sentiments naturels.
Longtemps on a affirmé presque unanimement que la Vierge aux Rochers était antérieure
au départ pour Milan. On le conteste aujourd'hui sur la foi d'un document qui semble
bien se rapporter à ce tableau. On peut dire qu'en tout cas elle a été exécutée au début
du séjour à Milan et qu'elle est encore dans la manière florentine. Il faudrait de longues
pages pour exposer les discussions et les niaises polémiques qui se sont multipliées autour
de ce chef-d'œuvre : on en a reculé la date au delà de toute mesure ; on l'a traité de copie
et même de « mauvaise copie », dont l'original serait : la Vierge aux Rochers acquise en 1880
par la National Gallery de Londres. L'authenticité du tableau du Louvre, qui nous vient de la
collection du roi François ler, est indiscutable.
Qu'avant son départ pour Milan Léonard fût en possession de son génie, c'est ce qu'établirait
le tableau inachevé L'Adoration des Mages, aujourd'hui au musée des Offices, s'il était possible
d'en fixer la date avec certitude. Mais la liberté de l'exécution, la très grande maîtrise dont
elle témoigne, et, la beauté des chevaux qui font penser aux études pour la statue de F. Sforza,
sont précisément les raisons qui ont amené certains critiques à reculer cette œuvre jusqu'aux
environs de 1500. L'Adoration des Mages est pleine de mouvement et de vie, nous y trouvons déjà
ce réalisme psychologique, cet effort pour créer des vivants, des hommes possibles, des êtres
qui ne soient pas seulement les figurants d'une machine décorative, mais dont chacun ait une âme
qui se trahisse dans l'acte particulier qu'il accomplit.
Léonard a trente ans quand il part pour Milan et entre au service de L. Sforza, auquel il propose
ses services dans une lettre fameuse où il expose avec une audace tranquille l'incroyable diversité
de ses talents. Ambitieux, avide de gloire, le duc s'efforçait de justifier son usurpation en attirant
à sa cour les hommes les plus éminents de l'Italie. La grande œuvre pittoresque de De Vinci à Milan est
La Cène qu'il peignit dans le réfectoire du couvent dominicain de Sainte-Marie des Grâces. On sait que
cette peinture célèbre a subi tous les outrages du temps et de la main des hommes. À demi effacé,
l'original sollicite notre curiosité plus qu'il ne la satisfait. Les nombreuses copies de disciples,
que l'on voit à Milan, au Louvre, à l'Ermitage, à la Royale Académie de Londres, ne peuvent atténuer
nos regrets.
Dans sa lettre à Ludovic le More, Léonard lui offrait d'exécuter La statue équestre en l'honneur
de François Sforza, le fondateur de la dynastie. Nous ne connaissons plus cette oeuvre que par
les dessins qui nous montrent les recherches, les hésitations de l'artiste, sans nous permettre
de décider à quel parti il s'arrêta. Le cheval était-il lancé au galop ? Marchait-il d'un pas fier
et relevé ? Il est probable qu'il y eut deux modèles de cette colossale statue à laquelle Léonard
travailla pendant tout son séjour à Milan. En 1493, à l'occasion du mariage de Maria Bianca Sforza
avec l'empereur Maximilien, la statue fut exposée sur la place du Château, sous un arc de triomphe
improvisé où elle provoqua l'admiration des contemporains.
Outre ces grands travaux, Léonard peignit à Milan quelques portraits, le duc, sa femme, ses maîtresses,
Cecilia Gallerani, Lucrezia Crivelli, qui n'est autre peut-être que La Belle Ferronnière du Louvre.
Organisateur des fêtes ducales, peintre, sculpteur, Léonard était en outre architecte, ingénieur.
Cette vie de travail fut brusquement interrompue par la chute de Ludovic qui le premier avait appelé
les Français en Italie et qui, juste retour des choses, fut chassé de ses États par ses anciens alliés.
Livrée aux gens de guerre, Milan n'était plus un séjour pour les artistes. Ainsi au mois de mars 1500,
De Vinci se retrouve à Venise. En passant par Mantoue, il réalisa au charbon le délicieux profil
de la duchesse Isabelle d'Este qui est exposé au musée du Louvre.
En 1501, il est à Florence et compose un carton de la Sainte Anne, dont parlent plusieurs contemporains.
On ne sait ce qu'est devenu ce carton, qui ne peut être identifié comme celui de la Royale Académie
de Londres – composition sans doute antérieure et exécutée à Milan – mais le superbe tableau du Louvre
peut nous consoler de la perte du carton qu'il reproduit. En 1503, il avait achevé pour le puissant
secrétaire d'État de Louis XII, Robertet, « une madone assise, travaillant au fuseau, tandis que le Christ
enfant, un pied sur la corbeille de laine, souriant, saisit le fuseau qu'il cherche à enlever à sa mère ».
À cette même date, il fut chargé, avec Michel-Ange, de décorer la salle du conseil dans le palais
de la Seigneurie. Michel-Ange choisit une scène de la guerre contre Pise : des soldats au bain surpris
par l'ennemi. Léonard - si longtemps l'hôte de Milan - eut lui à traiter La Bataille d'Anghiari,
gagnée par les Florentins sur les Milanais en 1440. Aussi, il se mit à l'œuvre avec ardeur et travailla
au carton d'oct. 1503 à févr. 1505. Le carton achevé, il commença dans la salle du conseil
la peinture murale ; au mois de mai 1506, il l'abandonnait. Seul l'épisode de l'étendard
que décrit Vasari, et qui occupait au premier plan le centre de la composition était achevé.
« Selon certaines indications qu'il trouva dans Pline, il prépara une sorte de mastic pour étendre
ses couleurs. Après avoir peint sur le mur, il alluma un grand feu pour que la chaleur permit aux couleurs
d'être absorbées et de sécher. Mais il ne réussit cela que pour la partie inférieure ; il ne put chauffer
assez la partie supérieure qui était trop éloignée du feu. » Nous n'avons de reproduction que celle
de l'épisode de l'étendard. La plus ancienne gravure, celle de Lorenzo Zacchia, date de 1558 ;
la plus connue, celle d'Edelinck, fut faite soit d'après le dessin de Rubens qui est au Louvre,
soit d'après un dessin flamand plus ancien qui est aux Offices et qui peut-être servit de modèle
aux deux artistes. Les cartons de Michel-Ange et de Léonard qui, selon la célèbre expression
de Benvenuto Cellini, « furent l'école du monde », tant qu'on les put étudier, ont disparu l'un et l'autre.
Aussi, les dernières nouvelles que nous ayons de la peinture sont de 1513, elle coula sans doute avec
l'enduit qui la portait. La statue de François Sforza, La Cène, La Bataille d'Anghiari,
toutes les grandes œuvres de De Vinci ne nous sont plus connues que par des croquis, des dessins,
des copies et l'enthousiasme qu'elles excitèrent.
En 1505, il avait également achevé La Joconde, illustre portrait auquel il faut toujours revenir
pour comprendre cet extraordinaire génie qui ne sacrifie rien, qui mêle le sang-froid et l'émotion,
la curiosité et la tendresse, et dont la rêverie même est une richesse d'idées claires. Müntz situe
à cette époque le tableau aujourd'hui perdu de La Léda, dont nous savons peu de chose. Apporté en France,
il semble que ce tableau ait été conservé un certain temps au château de Fontainebleau, dont les inventaires
le mentionnent jusqu'en 1691. Nous ne le connaissons plus que par un dessin de Raphaël (Windsor),
et deux ou trois copies anciennes.
Pendant l'été de 1506, Léonard obtint de la Seigneurie la permission de se rendre à Milan,
où l'appelait le gouverneur français, Charles d'Amboise. Un peu plus tard, après quelques résistances
du conseil de Florence, envers lequel il n'avait pas tenu ses engagements, il entrait au service de
Louis XII. Un long procès avec ses frères, qui lui contestaient sa part de l'héritage d'un oncle paternel,
pendant plusieurs années, lui fit perdre un temps précieux et le rappela à plusieurs reprises à Florence.
Le procès terminé, il revient à Milan « avec deux madones de grandeur différente qu'il a peintes pour
le roi Très Chrétien », mais à cette même date, les affaires des Français se gâtent et ils sont
chassés d'Italie.
« Le 24 sept. 1513, écrit Léonard, je partis de Milan pour Rome avec Giovanni, Francesco Melzi, Salaï,
Lorenzo et le Fanfoïa ». Un Florentin, Giovanni de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, avait été
élu pape sous le nom de Léon X. Le plus jeune frère du nouveau pape, Julien de Médicis, aimait Léonard
et l'avait attaché à son service. Il semble qu'à cette époque ses travaux scientifiques l'aient beaucoup
absorbé. Vasari signale deux tableaux qu'il exécuta pour le dataire du pape, messire Baldasare Turini :
l'un représentait La madone avec l'enfant, l'autre « un enfant d'une grâce et d'une beauté merveilleuse ».
Parmi les dernières oeuvres du maître, il faut certainement mettre le Saint Jean du Louvre, où il a porté
la technique pittoresque à un point qu'elle ne devait point dépasser.
Le 13 sept. 1515, la victoire de Marignan donnait à François Ier le duché de Milan.
À peine informé de l'arrivée des Français, le Vinci quitte Rome et va rejoindre le roi à Pavie.
En déc. 1515, il revoyait pour la dernière fois Milan, sa seconde patrie, et il se rendait en France,
où François Ier, qui l'aimait, lui donnait pour résidence l'hôtel du Cloux, dans le voisinage du château
d'Amboise, et lui assurait une pension de 700 écus. C'est là qu'après plusieurs mois de maladie, le 2 mai
1519, il expirait. On sait la légende qui fait mourir le grand artiste dans les bras du roi de France.
La vérité est que, le jour de la mort de Léonard, le roi était à Saint-Germain-en-Laye.
Des grandes œuvres du Vinci, nous l'avons vu, la plupart ont été détruites ou sont perdues ;
ses croquis, pleins de verve, ses nombreux dessins, qui valent parfois des oeuvres achevées,
quelques tableaux précieux, suffisent à le mettre au nombre des peintres qui peuvent disputer
le premier rang. Son rare génie est fait de l'harmonie des dons contraires qui égalent en lui
le savant à l'artiste. Ses sentiments sans cesse passent par son esprit et ses idées par son cœur :
« Plus on connaît, plus on aime ». Le charme rare de ses oeuvres est dans et subtil mélange d'analyse
et d'émotion, d'exactitude et de fantaisie, de naturel et de spiritualité, dans ce réalisme
psychologique d'un artiste qui pense que l'esprit est partout présent et doit partout apparaître :
la Pittura è cosa mentale.
G. Séailles
* Bibliographie extraite de La grande encyclopédie :
inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Présentée par
Stéphen Moysan.