Mise en lumière avec rage
D’une violence démentielle
Entre les lignes de l’orage
Une sombre vérité se révèle :

Noir est le cœur des nuages
Pleurant des larmes du ciel
Lorsqu’ils vivent naufrage
Dans les courants éternels !

Stéphen Moysan



Éternels Éclairs
Poésie Peinture


Biographie d'Édouard Manet (1832-1883)




Édouard Manet - Le résumé de sa vie



Édouard Manet : Peintre français dont les œuvres ont inspiré le mouvement impressionniste, mais qui s’attacha toujours à préserver son indépendance. L’influence considérable qu’il exerça sur la peinture française et, plus généralement, sur l’art moderne s’explique à la fois par le choix de sujets faciles, tirés de la vie quotidienne, par l’utilisation de couleurs pures et par une technique rapide et libre.

Manet naquit à Paris le 23 janvier 1832, dans une famille de la haute bourgeoisie. Dès l’âge de seize ans, il désira s’engager dans la marine, mais échoua au concours de l’École navale. Il s’embarqua pourtant sur un bateau-école à destination du Brésil, mais son goût pour les beaux-arts le poussa à réaliser déjà de nombreux dessins. Il revint à Paris, quelques mois plus tard, pour étudier la peinture dans l’atelier de Thomas Couture. À partir de 1852, Manet multiplia les voyages à l’étranger : la Hollande, où il admira particulièrement la peinture de Frans Hals, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, et, plus tard, l’Espagne où les œuvres de Diego Vélasquez, et surtout de Francisco Goya influencèrent beaucoup son propre travail.

Les premières peintures de Manet représentent essentiellement des scènes de genre, souvent d’inspiration espagnole, ainsi que des portraits. Sa technique picturale, franche et directe, laisse apparaître de larges touches. En 1863, Manet exposa son célèbre Déjeuner sur l’herbe (musée d’Orsay, Paris) au Salon des refusés, nouveau lieu d’exposition inauguré par Napoléon III accueillant, à la demande des artistes, les œuvres rejetées au Salon officiel. La toile de Manet, représentant une jeune femme nue assise, entourée de deux hommes en costume, dans un décor champêtre, attira immédiatement l’attention du public, mais fut violemment attaquée par les critiques. Salué par de nombreux jeunes peintres qui reconnaissaient en lui leur chef de file, Manet se trouva au centre d’une dispute opposant les défenseurs de l’art académique aux artistes « refusés ».

En 1864, le Salon officiel accepta deux de ses tableaux, et, en 1865, Manet y exposa Olympia (1863, musée d’Orsay, Paris), un nu inspiré de la Vénus d’Urbin de Titien et dont le réalisme peu orthodoxe souleva des vagues de protestations au sein des cercles académiques.

En 1866, Émile Zola, qui avait pris fait et cause pour l’art de Manet dans le Figaro, devint son ami. Tel fut également le cas des peintres impressionnistes Edgar Degas, Claude Monet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Camille Pissarro et Paul Cézanne, qui subirent l’influence de Manet et qui, à leur tour, influencèrent son art, le rendant peut-être plus sensible aux jeux de lumière. Manet ne doit donc pas être considéré comme un peintre impressionniste à part entière, malgré les liens étroits qu’il entretint toute sa vie avec Monet et ses amis. En 1874, l’artiste choisit de ne pas participer à la première exposition impressionniste. Il continua cependant à exposer régulièrement au Salon où sa notoriété ne cessa de s’affirmer. En 1882, il fut présent pour la dernière fois avec Un bar aux Folies-Bergère (Courtauld Institute Galleries, Londres), l’une de ses œuvres les plus célèbres. Manet mourut à Paris le 30 avril 1883, laissant une œuvre importante, comprenant plus de quatre cents peintures à l’huile, des pastels et de nombreuses aquarelles.


Édouard Manet - Regard sur l'Oeuvre



Il faut se rendre compte. qu'au moment où Manet survenait, Courbet et Corot, qui représentaient la marche faite en avant, déplaisaient toujours au public, que leur liberté d'allures et de procédés n'était comprise et imitée que par une minorité de jeunes artistes ; que Delacroix n'était encore généralement considéré que comme un artiste déréglé et incorrect, un outrancier de la couleur. Les membres de l'Institut, les peintres formant les élèves dans les ateliers, l'école de Rome, les hommes de lettres en général, le public restaient alors soumis à la tradition. Tous honoraient ce qu'on appelait le grand art, la peinture d'histoire, la représentation des Grecs et des Romains, le nu compris et traité d'après les formes venues de la Renaissance italienne.

Il existait surtout, à cette époque, une manière universellement enseignée et suivie dans les ateliers, pour distribuer en peinture l'ombre et la lumière et appliquer les couleurs. On ne concevait point que la lumière pût être introduite sans accompagnement obligé et corrélatif de l'ombre. On n'admettait point que les couleurs vives pussent être appliquées sans demi-tons intermédiaires. Mais avec cette pratique de ne mettre de la lumière qu'accompagnée d'ombre, et de n'employer de tons variés qu'avec des atténuations, on en était arrivé à ne peindre que des tableaux tenus dans l'ombre, où tout l'éclat des couleurs vives et riantes avait disparu. La critique et le public s'étaient accoutumés à ce mode éteint de la peinture, il leur apparaissait, par habitude, naturel. On ne s'imaginait même pas qu'il pût y en avoir d'autre et on trouvait excellente la production de peintres, tenus pour des maîtres, se succédant depuis longtemps dans une même voie.

Tout à coup Manet, en 1863, au Salon des refusés avec son Déjeuner sur l'herbe et en 1865 au Salon avec son Olympia, présenta des œuvres venant, par leur dissemblance d'avec les autres, causer une horreur générale. Le fond et la forme rompaient avec ce que l'on considérait comme les règles essentielles de l'art. On avait sous les yeux des nus pris directement dans la vie, qui donnaient les formes mêmes du modèle vivant, mais qui ainsi semblaient. grossières et d'un affreux réalisme, en comparaison avec les formes du nu traditionnel, soi-disant idéalisé et épuré. L'ombre appelée à faire opposition perpétuelle à la lumière n'apparaissait plus. Manet peignait clair sur clair. Les parties que les autres eussent mises dans l'ombre étaient peintes par lui en tons moins vifs, mais toujours en valeur. Tout l'ensemble était coloré. Les différents plans se succédaient, en se profilant dans la lumière. Aussi ses œuvres faisaient-elles disparate, au milieu des autres, sombres et décolorées. Elles heurtaient la vision. Elles offusquaient les regards. Les couleurs claires juxtaposées, qui s'y voyaient, n'étaient tenues que pour du «bariolage», les tons vifs, mis côte à côte, faisaient l'effet de simples taches.

Manet souleva une telle animadversion, les railleries, les insultes, les caricatures qu'il suscita furent telles, qu'il acquit bientôt une immense notoriété. Tous les yeux se fixèrent sur lui. Il fut considéré comme un barbare, son exemple fut déclaré pernicieux, il devint un insurgé, un corrupteur à exclure des Salons. Mais alors les jeunes gens d'esprit indépendant, tourmentés du besoin de se soustraire aux règles d'une tradition vieillie, virent en ce révolté contre la banalité du temps, un initiateur et un guide et après s'être surtout portés vers Courbet et Corot, ils font un nouveau pas et se portent vers lui. Manet va donc grouper des gens jeunes jusqu'ici séparés et inconnus les uns des autres. Ils se lieront par son intermédiaire.

Théodore Duret


* Histoire des peintres impressionnistes, Paris, Floury, 1939. Présentée par Stéphen Moysan.



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la biographie d'Édouard Manet
sur les Éternels Éclairs.