| Poésie | Peinture |
« Le nom de Raphaël rappelle à l'esprit tout ce qu'il y a de plus élevé dans la peinture,
et cette impression, qui commence par être un préjugé, est confirmée par l'examen chez tous
ceux qui ont le sentiment des arts. La sublimité de son talent, jointe aux circonstances
particulières dans lesquelles il a vécu, et à cette réunion presque unique des avantages
que donnent la nature et la fortune, l'ont mis sur un trône où personne ne l'a remplacé,
et que l'admiration des siècles n'a fait qu'élever davantage. C'est une espèce de culte
que le respect de la postérité pour ce grand homme, et il est peut-être le seul, parmi
les artistes de toutes les époques, je n'en excepte pas les poètes, qui soit comme le
représentant ou le dieu lui-même de son art. Son caractère plein de douceur et d'élévation,
ses inclinations nobles, qui le firent rechercher par tout ce que son époque avait d'hommes éminents,
jusqu'à la beauté de sa figure et à sa passion pour les femmes, ajoutent dans l'imagination à l'attrait
de ses ouvrages ; ensuite sa mort prématurée, sujet de regrets éternels et qui fut un malheur public
au milieu de l'époque brillante où fleurirent tous les beaux génies de l'Italie. »
* Eugène Delacroix, extrait de la Revue de Paris, 1830.