| Poésie | Peinture |
« Le seul maître moderne qui fût, en dépit de son exaspérant diabolisme de dandy et de romantique,
attirant et curieux ; le seul qui ait sonné une note vraiment nouvelle, qui ait, par ces temps
de poésies impassibles et pleurardes, créé une oeuvre vivante et vraie, qui ait osé, à son époque,
briser les moules prônés d'Hugo ; le seul qui se soit résolument engagé dans les sentiers jusqu'alors
inexplorés du réalisme ; j'ai nommé le poète de génie qui, de même que notre grand Flaubert, ouvre
sur une épithète, des horizons sans fin, l'abstracteur de l'essence et du subtil de nos corruptions,
le chantre de ces heures de trouble où la passion qui s'use cherche, dans des tentatives impies,
l'apaisement des folies chamelles, j'ai nommé le poète qui a rendu le vide immense des amours simples,
les hantises implacables du spleen, la déroute des sens surmenés, l'adorable douleur des lents baisers
qui boivent, le peintre qui nous a initiés aux charmes mélancoliques des saisons pluvieuses et des joies
en ruine ; j'ai nommé le prodigieux artiste qui a gerbé les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire ! »
* Joris-Karl Huysmans