| Poésie | Peinture |
« Le propre des Impressionnistes, peignant directement devant la nature, a été de faire apparaître
les objets sous les colorations fugitives et changeantes, dont les variations de la lumière et
les effets de l'atmosphère pouvaient les revêtir. Les objets, reproduits par eux, ont pris
une coloration plus vive et plus diaprée, que celle qu'ils avaient jusqu'alors reçue des peintres
retenus dans l'atelier. Les champs, les bois, les rivières et la mer se sont nuancés, sous le pinceau
de ces Impressionnistes qui ont été surtout des paysagistes, Pissarro, Claude Monet, Sisley, Guillaumin,
d'une variété de tons imprévue. Ce que les autres avaient fait pour le paysage, auquel ils s'étaient
avant tout consacrés, Renoir l'a fait pour les êtres humains. Les personnages qu'il a peints apparaissent
colorés, dans un ensemble clair, plein de combinaisons de tons, ils forment partie d'un tout lumineux.
En considérant l'ensemble de son œuvre, on reconnaît qu'il a surtout été le peintre de la femme.
Il l'a pénétrée d'une sensualité d'ordre délicat. Il a tout le temps peint des nus d'un charme voluptueux,
aux contours souples, où s'est manifestée toute sa personnalité. À un certain moment, au milieu de sa
carrière, il a cherché à préciser la forme de ses nus, à y introduire la fermeté des contours.
Il regarde alors vers Ingres. Mais cette recherche, dans le nu, de la ligne précise n'apparaît chez lui
que transitoire. Il est vite revenu, pour ne plus l'abandonner, à la forme souple, voluptueuse et
enveloppée, qui est sa manière naturelle de sentir et de s'exprimer. »
* Théodore Duret