Mise en lumière avec rage
D’une violence démentielle
Entre les lignes de l’orage
Une sombre vérité se révèle :

Noir est le cœur des nuages
Pleurant des larmes du ciel
Lorsqu’ils vivent naufrage
Dans les courants éternels !

Stéphen Moysan




Éternels Éclairs

Poésie Peinture

Souhait

Par moments je souhaite une esclave au beau corps,
Sans ouïe et sans voix, pour toute bien-aimée.
À son oreille close, aux rougeurs de camée,
Le feu de mon soupir dirait seul mes transports,

Et sa bouche, semblable aux coupes dont les bords
Distillent en silence une ivresse enflammée,
M’offrirait son ardeur sans me l’avoir nommée :
Nous nous embrasserions, muets comme deux morts.

Du moins pourrais-je, exempt d’amères découvertes,
Goûter dans la splendeur de ces charmes inertes
L’idéal, sans qu’un mot l’eût jamais démenti ;

Lire, au contour sacré d’une lèvre pareille,
Le verbe de Dieu seul, et, baisant cette oreille,
À Dieu seul confier ce que j’aurais senti.



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Sully Prudhomme
Les vaines tendresses