Mise en lumière avec rage
D’une violence démentielle
Entre les lignes de l’orage
Une sombre vérité se révèle :

Noir est le cœur des nuages
Pleurant des larmes du ciel
Lorsqu’ils vivent naufrage
Dans les courants éternels !

Stéphen Moysan




Éternels Éclairs

Poésie Peinture

Le signe

On dit que les désirs des mères
Pendant qu’elles portent l’enfant,
Fussent-ils d’étranges chimères,
Le marquent d’un signe vivant ;

Que ce stigmate est une image
De l’objet qu’elles ont rêvé,
Qu’il croît et s’incruste avec l’âge,
Qu’il ne peut pas être lavé !

Et le voeu, bizarre ou sublime,
Formé dès avant le berceau,
Comme dans la chair il s’imprime,
Peut marquer l’âme de son sceau.

Quel fut donc ton cruel caprice,
Le jour où tu conçus mon coeur,
Ô toi, pourtant ma bienfaitrice,
Toi qui m’as légué ta douleur ?

Quand tu m’aimais sans me connaître,
Pâle et déjà ma mère un peu,
Un nuage voguait peut-être
Comme une île blanche au ciel bleu ;

Et n’as-tu pas dit : " qu’on m’y mène !
C’est là que je veux demeurer ! "
L’oasis était surhumaine,
Et l’infini t’a fait pleurer.

Tu crias : " des ailes, des ailes ! "
Te soulevant pour défaillir ...
Et ces heures-là furent celles
Où tu m’as senti tressaillir.

De là vient que toute ma vie,
Halluciné, faible, incertain,
Je traîne l’incurable envie
De quelque paradis lointain ...



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Sully Prudhomme
Les solitudes