Mise en lumière avec rage
D’une violence démentielle
Entre les lignes de l’orage
Une sombre vérité se révèle :

Noir est le cœur des nuages
Pleurant des larmes du ciel
Lorsqu’ils vivent naufrage
Dans les courants éternels !

Stéphen Moysan




Éternels Éclairs

Poésie Peinture

Jalousie

Je ne me plaindrai point. La pâle Jalousie
Retient sa voix tremblante et pleure un sang muet.
Qu'ils vivent de longs jours, heureux sans poésie,
Et qu'un amour tranquille habite leur chevet !

Qu'il la possède bien, sans l'avoir désirée,
Par le droit seul, exempt du péril de l'aveu,
Sans cette passion folle et désespérée
Qui tente sur le vide une étreinte de feu !

Mais qu'insensiblement le réseau gris des rides
Fatigue le sourire et blesse les baisers ;
Que les cheveux blanchis, les prunelles arides
N'offrent plus que l'hiver à des sens apaisés ;

J'attends, moi, sa vieillesse, et j'en épierai l'heure ;
Et ce sera mon tour ; alors je lui dirai ;
« Je vous chéris toujours, et toujours je vous pleure :
Reprenez un dépôt que je gardais sacré.

« Je viens vous rapporter votre jeunesse blonde :
Tout l'or de vos cheveux est resté dans mon coeur,
Et voici vos quinze ans dans la trace profonde
De mon premier amour patient, et vainqueur ! »



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Sully Prudhomme
Stances Et Poèmes